SANTE

Soins à domicile : attention aux dérives

Soins à domicile : attention aux dérives

Les aides-soignants pourront remplacer les infirmiers à domicile dans certaines tâches comme les soins de bouche et l’aide à la prise de médicaments.

auremar – Fotolia

Inquiets, les infirmiers mettent en gardecontre une nouvelle décision validée par l’Inami. Témoignage d’une infirmière indépendante.

Le travail d’Isabelle Grégoire, infirmière à domicile indépendante depuis 12 ans, ne se résume pas à son sobriquet de « car wash ». «Non, mon travail ne se limite pas qu’à faire simplement la toilette de mes patients », explique cette Namuroise. Elle panse, change des drains, fait des injections, etc. Et surtout, elle observe le patient tout au long de sa visite à dimension humaine… « C’est lors de ces temps de discussion et d’observation qu’il m’arrive de remarquer des symptômes de déshydratation, un problème cardiaque, une rechute de maladie… » ou d’autres troubles que sa formation d’infirmières lui a appris à détecter. Or, ce n’est pas le cas des formations d’aide-soignant. Et c’est là l’un des reproches fait à la nouvelle décision de l’Inami (voir ci-contre). Cette dernière voudrait permettre aux infirmières de se consacrer davantage à des tâches qui les nécessitent vraiment. «C’est le cas où les aides-soignants pourront par exemple faire la toilette d’un patient 2 fois par semaine, et où l’infirmière continuera à voir le patient, mais une seule fois par mois », rappelle Aurore Dewilde, présidente de la FIIB, la fédération des infirmières indépendantes belges. «Or, l’état d’un patient peut très vite se dégrader. Ainsi, cette décision oublie que la toilette est une prise en charge globale. »

Pour ne mettre en danger personnes

C’est donc avec étonnement et inquiétude qu’Isabelle envisage cette nouvelle. Mais son choix est déjà fait. Elle se dit incapable de travailler dans ces conditions. Tant pour des raisons de financement (on ignore encore sous quel statut l’aide-soignant pourrait travailler) que de responsabilité, tant vis-à-vis d’elle-même que du patient.

La mesure avantagerait avant tout les structures d’infirmiers salariés.

« Je peux par contre l’accepter si l’Inami revoit son système de financement et si la formation d’aides-soignants est complétée par d’avantages d’heures de stages et cours sur l’ensemble des pathologies et symptômes de maladies .» Un point que reconnaît Annick Remy, directrice d’une école d’aides-soignants en promotion sociale. « Il ne faut pas mettre l’aide-soignant en danger et respecter les limites du cadre de responsabilités», précise la directrice.

Oui à la complémentarité, non à la substitution

Isabelle Grégoire n’est pourtant pas contre l’intégration d’aides-soignants dans les soins infirmiers à domicile. Dans ses tournées, elle prend d’ailleurs régulièrement sous son aile des stagiaires aides-soignants. «Je reconnais que leur travail est très utile dans les soins lourds, où l’on travaille ensemble, en même temps, en complémentarité et non en substitution.» Et si le binôme infirmière-aide-soignante fonctionne très bien en hôpital, «il ne faut pas le comparer aux visites à domicile, où la personne doit prendre des décisions seule. »

Il reste encore 5 mois avant l’entrée en vigueur de la décision. La Fédération nationale des infirmières de Belgique (FNIB) déclare envisager un recours auprès du ministère de la santé publique.