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« La Disparition », le roman écrit sans « e »

« La Disparition », le roman écrit sans « e »

On a tous déjà joué à construire une phrase, la plus longue possible, en bannissant une lettre. L’écrivain français Georges Perec, lui, a poussé le vice plus loin, en écrivant tout un roman (avec une histoire qui se tient vraiment et tout et tout) en se passant de la lettre « e », pourtant la plus usitée de la langue de Molière.

Dans l’intrigue, il va même encore plus loin puisqu’il traite de l’absence et de la douleur qu’elle engendre. Deux notions qu’il a bien connues: son père est mort au combat en 1940 et sa mère a été déportée à Auschwitz. Le livre parle de violences, d’assassinats et de la déportation des Juifs. Selon le psychiatre français Boris Cyrulnik, c’est d’ailleurs la propre disparition de ses parents, que raconte ici Georges Perec.

Heureusement, l’auteur «joue», aussi, avec ce procédé qu’il a choisi, en multipliant les clins d’œil au fil des pages: un E en surimpression sur la couverture, le séquençage en 26 chapitres (en référence à l’alphabet) mais où il manque le 5e (le «e» est la 5e lettre), une course hippique où le cheval n°5 ne prend pas le départ, l’expression «ni une ni deux» qui devient «ni six ni cinq»...

Ce titre, sorti en 1969, est un véritable tour de force littéraire, unique en son genre. Un classique original.

L’Imaginaire, Gallimard.