Dopage

Pantani, Ullrich, Jalabert et les autres

Le rapport de la commission française ayant enquêté sur le dopage, publié hier, épingle 17 cas positifs. Et dénonce l’incapacitéà contrôler le dopage.

Le rapport de la Commission d’enquête du Sénat français sur la lutte contre le dopage, était attendu. Sans surprise, le document publié hier laisse apparaître que les deux premiers du Tour de France 1998, Marco Pantani et Jan Ullrich, parmi de nombreux autres (*) , ont eu recours au dopage à l’EPO lors d’une Grande boucle qui restera comme une des plus viciées de l’histoire.

Les membres de la Commission ont eu accès à des bordereaux de prélèvements de cyclistes ayant participé aux Tours 1998 et 1999. Ils ont confronté ces bordereaux, où figurent les noms, avec les résultats de réanalyses effectuées de manière anonyme fin 2004 par le laboratoire de Châtenay-Malabry.

Même si, selon la Commission, l’essentiel n’est pas là, le rapport épingle dix-sept coureurs, pour lesquels ces contrôles rétrospectifs ont été clairs. Ces anciens cyclistes, dont les résultats se sont avérés positifs, ne risquent aucune sanction. «Nous ne sommes ni policiers, ni magistrats», a rappelé Jean-François Humbert, le président de la commission.

Pour d’autres, les résultats sont plus litigieux : un premier échantillon a bien été contrôlé positif, mais les analyses suivantes n’ont pas pu confirmer ce résultat. Axel Merckx et Tom Steels font partie de ce lot (voir ci-dessous).

Loin de se consacrer au seul cyclisme, les sénateurs français ont procédé depuis le 27 février dernier à 63 auditions et deux tables rondes. Ils ont auditionné au total 86 personnes dans 18 disciplines. Pour la Commission, l’usage du dopage est plus répandu que ne le laisse penser le faible nombre de contrôles positifs. Les autorités sportives, policières et judiciaires font preuve d’une «incroyable incapacité » à collaborer entre elles dans la lutte contre le dopage.

La Commission n’a pas fait que pointer du doigt. Elle a aussi déposé 60 propositions afin de lutter plus efficacement contre le dopage… et répond à ceux qui estimaient qu’il fallait mieux enterrer la génération 98 avec ses pratiques. «Parler du dopage ne nuit pas au sport mais contribue à lui rendre ses lettres de noblesse», selon la commission qui ajoute que «tous les sportifs de haut niveau ne sont pas dopés

Outre Ullrich et Pantani, on retiendra le nom de Laurent Jalabert, qui travaillait pour France Télévisions jusqu’à il y a peu, mais s’était mis de côté pour le dernier Tour. Deux sprinteurs de renom, Erik Zabel et Mario Cipollini font également partie des coureurs dopés à l’EPO, selon le rapport, toujours.

Durand « assume », O’Grady arrête

Jacky Durand, lui, vainqueur d’une étape et également positif, a publié un communiqué, hier, sur le site d’Eurosport, chaîne pour laquelle il travaille comme consultant : «J’assume mes actes. J’en ai toujours discuté délibérément depuis de nombreuses années, que ce soit avec des jeunes coureurs, différents journalistes ou mes employeurs. Je pense de toute façon que personne n’est dupe. La presse, les suiveurs, les spectateurs et coureurs actuels connaissaient les pratiques ancestrales en ce qui concerne l’EPO. Et évidemment, le grand public risque de faire l’amalgame entre ce qui se passait en 1998 et ce qui se passe actuellement. La nouvelle génération ne doit pas payer nos conneries du passé […] Pourquoi plonge-t-on? Quand vous voulez vivre votre passion et que vous bossez comme un damné de manière propre, mais que vous êtes, malgré tout, à la rue en termes de résultats par rapport à la concurrence, vous analysez la situation. Et pour vivre votre passion, participer et réussir sur le Tour de France, vous franchissez le pas. Il fallait «saler la soupe» comme disent les anciens, et ce, à contrecœur

L’Américain Bobby Julich, troisième de l’épreuve, ne fait pas partie des cyclistes ayant eu recours à ce produit dopant avec certitude, d’après les tests rétroactifs effectués fin 2004. Un des échantillons de l’Américain présente des traces d’EPO, selon la première méthode de détection de l’EPO en 2000, visuelle, mais ne présente pas tous les critères permettant de le déclarer positif (s’il s’était agi de contrôles à visée disciplinaire) selon les critères de l’Agence mondiale antidopage (AMA) alors en vigueur.

Idem pour l’Australien O’Grady, qui avait porté le maillot jaune… et a avoué hier, avoir eu recours à l’EPO pour ce Tour 1998. Il a expliqué qu’il prenait sa retraite dès la fin de ce 100e Tour.

(*) Les 17 coureurs que le rapport identifie comme positifs, sont : Pantani, Cipollini, Tafi, Minali, Sacchi (Ita), Ullrich, Zabel, Heppner (All), Jalabert, Durand, Desbiens (Fra), Olano, Beltran, Serrano (Esp), Hamburger (Dan), Blijlevens (P-B), Livingston (USA).