Quintana, le Colombien au sommet

Quintana s’est imposé à Semnoz, le jour où la Colombie fêtait les 70 ans de son indépendance.

Associated Press/Reporters

Vainqueur samedi au sommet du Semnoz, Quintana symbolise le renouveau du cyclisme colombien. Avant de gagner le Tour ?

«Je me méfie toujours de ce qui est écrit à l’avance, mais en revanche, je n’imagine pas que Quintana et Froome ne se livrent pas de magnifiques bagarres dans les prochaines années. » Directeur comblé du 100e Tour de France, Christian Prudhomme n’a rien perdu de ses anciens réflexes journalistiques. Pour lui, comme pour l’ensemble des suiveurs, la belle surprise de la Grande Boucle n’est autre que le petit Colombien. C’est qu’à 23 ans à peine, le format de poche de la Movistar a crevé l’écran durant les trois semaines de course.

D’une modestie et d’une timidité quasi maladives face aux caméras, le dauphin de Christopher Froome à Paris a pris de l’envergure durant ce mois de juillet. Vainqueur du Tour de l’Avenir en 2010 et du Tour du Pays basque en début d’année, Nairo Quintana est un vrai «scarabée », surnom donné dans les années 80 aux petits grimpeurs de son pays. À l’aise en montagne depuis sa prime enfance où il se coltinait en vélo des pentes à 8 % de moyenne afin de rejoindre son école située 16 kilomètres plus loin, ses accélérations pyrénéennes et alpestres parlent pour lui. En trois cols (Ventoux, Alpe d’Huez et Semnoz), le gamin de Combita, dans la région centrale de Boyaca, a réussi à s’emparer définitivement du maillot à pois. De quoi réconcilier le public avec un classement annexe trop souvent remporté par un baroudeur aux dents longues.

Fils spirituel de Luis Herrera, Nairo Quintana surclasse, en haut du Semnoz, l’idole colombienne des années 80. Car, en plus de sa victoire d’étape et son maillot à pois, l’électron libre de la Movistar entre dans l’histoire en réussissant la meilleure performance du cyclisme colombien sur le Tour. Alors que Fabio Parra avait terminé troisième du Tour 1988, «la perle de Boyaca » devient le premier «scarabée » à monter sur la deuxième marche du podium français. En attendant, peut-être, de remporter la Grande Boucle, comme le prédit Alejandro Valverde et le sous-enten Chris Froome ? «C’est un fort caractère, il est intelligent, il comprend tout de suite les choses, confie le manager de la Movistar Eusebio Unzue. Et avec un peu plus d’expérience, deux ou trois Grands tours de plus dans les jambes, il sera parmi les plus forts. » Et dire que Nairo Quintana aurait un petit frère plus fort encore…

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