Chris Froome: «Et j’ai encore des progrès à faire»

Chris Froome: «Et j’ai encore des progrès à faire»

Froome, heureux à l’arrivée à Paris : un premier Tour en poche, avant bien d’autres ?

AFP

À 28 ans, Chris Froome est le deuxième Anglais à remporter le Tour. Mais ce Froome est bien différent de Wiggins.

Pour le peu de suspense qu’il restait le matin de cette avant-dernière étape, avec la montée inédite du Semnoz, il n’y a pas eu de surprise: Christopher Froome a résisté à toutes les attaques et a terminé en roue libre à deux kilomètres de son Graal, laissant en découdre Quintana, le vainqueur de cette étape, et Rodriguez.

«Ce samedi, c’était une sensation bouleversante, dira Froome. Deux kilomètres avant l’arrivée, je me suis dit qu’il me restait cinq minutes, et que c’était plié. Il n’y avait plus rien de tactique, rien à gérer. Seule restait cette tension nerveuse avant d’en arriver là. J’ai eu du mal à me concentrer sur la finale.»

Chris, pouvez-vous nous raconter votre histoire ?

On passerait la soirée là-dessus ! Ce que cela représente, c’est le voyage entrepris pour arriver ici, quand j’étais petit, je faisais du VTT au Kenya sur des pistes pour arriver à ce maillot jaune du Tour de France, c’est le plus grand événement du calendrier. C’est difficile de mettre des mots là-dessus, la course tous les jours, la pluie, le vent, les bonnes journées, les mauvaises en montagne, les comportements différents de l’équipe, j’étais parfois seul ou accompagné. Pour la centième, c’est vraiment spécial pour moi.

Quand avez-vous réalisé que vous pouviez gagner ce Tour ?

C’était en 2011, sur le Tour d’Espagne (NDLR : deuxième du classement général). Cela m’a ouvert les yeux sur mes capacités pour le Tour de France. Jusque-là, je n’étais pas cohérent dans mes performances, je manquais de consistance, je n’étais jamais capable de montrer le meilleur de moi-même tout au long d’une course.

Sur ce Tour, quel fut le pire moment pour vous ?

Il me semble que c’était à l’Alpe d’Huez, lors de la deuxième montée. J’étais vidé, victime d’un coup de fringale, c’était une sensation horrible. Si vous pratiquez le vélo, vous savez ce que c’est. Je n’avais plus aucune énergie, et je venais de voir le panneau 5 km… Il faut vraiment traverser cela mentalement. Heureusement que j’avais Richie Porte avec moi, qui est parvenu à me motiver.

Et la perte de Kiryienka et de Boasson ?

Ce sont deux moteurs énormes que ceux-là, c’est triste qu’ils n’ont pas pu finir avec nous. Ils jouaient un grand rôle et avec eux, j’aurais évidemment eu davantage de soutien dans les dernières étapes.

Et votre plus grand moment ?

C’est quand j’ai attaqué dans le Ventoux et cette victoire là-bas, elle était très spéciale, au bout de ce qui était la plus longue étape de ce Tour.

Vous êtes le premier vainqueur après l’affaire Armstrong, cela vous inspire quoi ?

Ce fut une période difficile, cela se comprend. Ici, quiconque était en jaune allait être très critiqué par les journalistes, les fans, et je l’accepte. Je suis quelqu’un qui a été déçu par tout cela, par le sport en général aussi. On a maintenant la volonté de montrer aux gens que le sport a été transformé, vraiment. Mais cela n’a rien enlevé à mon bonheur, on peut faire maintenant la fête et célébrer ma victoire.

Votre équipe prépare tout avec beaucoup de détails, planifie chaque chose. Est-ce que cela ne vous prive pas d’un certain esprit de décision ?

Oui, Sky est très organisé. Je travaille bien à l’intérieur du team, j’aime cette structure, sa routine, c’est ce que Sky représente pour les coureurs. Je n’ai pas couru pour beaucoup d’autres équipes, mais Sky a vraiment presque tout, tout y est prévu : préparation, support, récupération, c’est un système énorme, je suis fier d’en faire partie. Avec eux, je voudrais que les choses restent les mêmes, avec tous ces défis que j’adore, ces autres courses ciblées, les stages en altitude.

En course, cela reste tout de même très spontané. Vous pouvez faire tous les plans que vous voulez, au final, ce sont les sensations qui importent le plus, il faut parfois se retenir, ou trouver un petit surplus d’énergie pour répondre aux attaques. On doit réagir à tout moment dans la course. J’aurais aimé gagner au Semnoz ce samedi, par exemple, mais je n’avais pas les jambes.

Avez-vous eu des pensées pour vos potes au Kenya ?

Ils vont faire une sortie de 200 kms et s’attaquer l’un l’autre comme ils le font tout le temps. J’aimerais que mes performances motivent beaucoup de jeunes, surtout les jeunes Africains. Qui doivent croire qu’ils peuvent réussir en Europe. Mon expérience est de leur donner les moyens pour que cela arrive.

Combien de Tours allez-vous gagner ?

Je ne sais pas, je fonctionne au jour le jour, j’ai 28 ans. Je pense qu’un coureur arrive à maturité à 30 ans. Mais le Tour de France est le sommet de notre calendrier de cyclistes. Naturellement, c’est la victoire la plus recherchée. La décision de le faire l’an prochain dépendra du parcours, de son dessin, si c’est approprié. Mais cela sera aussi la décision de l’équipe.

Samedi, vous avez écarté un spectateur du bras. Que pensez-vous de ces excités qui courent à côté dans la montagne ?

Bof, c’est cela aussi le Tour, c’est ce qui fait sa beauté, il y a de la passion, de l’ambiance, c’est un spectacle gratuit. Parfois, il faut repousser les spectateurs sur les côtés. Mais c’est une des choses qui fait la différence par rapport aux autres épreuves.

Estimez-vous que vous êtes à votre meilleur niveau ?

C’est une bonne question, j’ai l’impression que je suis arrivé dans le sport assez tard, je ne suis pro que depuis cinq ans. J’ai connu une progression très rapide. J’ai donc encore des progrès à faire dans tous les aspects du cyclisme… Notamment dans mes chronos, dans les descentes aussi. Mais, franchement, je ne changerais pas grand-chose si je reviens en 2014. Je serai de toute manière encore mieux préparé. Notamment au point de vue de la pression et dans la manière de prendre des décisions en course. Rien ne peut remplacer l’expérience acquise ici. Tout est ici sur un autre niveau, sur la course, l’ambiance, chaque jour a eu ses propres défis.

Êtes-vous devenu le nouveau Cannibale ?

Eddy Merckx, c’est une des plus grandes légendes du cyclisme, me comparer à lui est un honneur. Il est une inspiration, il attaquait même en jaune.¦

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