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Horreurs coloniales  : l’expo glaçante

Horreurs coloniales  : l’expo glaçante

Les horreurs ne s’arrêtent pas avec la décolonisation. C’est aussi ce que rappelle l’exposition.

IMAGEGLOBE

C’est une exposition dans laquelle le visiteur est appelé à circuler en silence. Les «zoos humains» sont au cœur d’Exhibit B.

Le Sud-Africain Brett Bailey, né dans les années 60 sous l’apartheid, a installé à Avignon une exposition qui fait frémir  : elle évoque les «zoos humains» où des dizaines de millions d’Européens et d’Américains venaient voir jusqu’à la Première Guerre mondiale des «spécimens» africains dans des enclos.

«Exhibit B», montré pour la première fois en France, invite le spectateur au recueillement : appelé individuellement par un numéro, chacun est convié à circuler en silence devant des vitrines ou installations, dans l’Église des Célestins. Des chants namibiens résonnent sous les voûtes.

Dans la première vitrine, une femme noire vêtue d’un simple pagne. Seuls les yeux qui bougent attestent qu’il s’agit d’une véritable femme, qui joue ici la tristement célèbre «Vénus hottentote», Sarah Bartmann (1789-1815), exposée en Angleterre, puis en France dans des musées, bals et foires. À sa mort, elle est disséquée par le scientifique français Georges Cuvier, qui voit chez elle la preuve de l’infériorité de certaines races.

Le moulage de son corps fut exposé au Musée de l’Homme à Paris jusque dans les années 70, et ses restes n’ont été restitués à l’Afrique du Sud qu’en 2002.

Un couple de Pygmées exposés au Musée d’histoire naturelle de Bruxelles au début du XXe siècle regarde fixement le spectateur dans la vitrine voisine.

Plus loin, le sang se glace à la vue de femmes, dont un panneau explique qu’elles étaient chargées de faire bouillir les crânes de leurs codétenues dans les camps de concentration allemands de l’Afrique du Sud-Ouest (1906), puis de les curer afin qu’ils soient expédiés dans les laboratoires européens.

Dans ce musée des horreurs coloniales, il y en a pour tout le monde : le régime du roi Léopold II de Belgique avait mis le Congo belge sous coupe réglée. Lorsque les rendements de caoutchouc étaient insuffisants, on coupait les mains des travailleurs.

Les « objets trouvés » d’aujourd’hui

L’horreur ne s’arrête pas avec la décolonisation : plusieurs installations intitulées «objets trouvés», figurent des immigrants d’aujourd’hui.

Depuis 1991, 14 migrants sont morts asphyxiés en Europe alors qu’ils résistaient à leur expulsion en Europe, lit-on sur le panneau.

Les acteurs de ces tableaux vivants disparaissent entièrement derrière leur personnage, renforçant l’impression de malaise.

À la sortie, des photographies les montrent «dans la vraie vie» avec un court texte expliquant leur motivation. Coiffeuse, basketteuse, danseur ou chanteur, ils ont participé au projet pour témoigner d’un passé colonial enfoui, mais aussi pour beaucoup du racisme d’aujourd’hui.

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