Vente d’insec tes : une future success story

Les insectes comportent 35 % de matière sèche dont 60 % de protéines et 30 % de matière grasse : un très bon apport nutritif.

Kirill Kedrinski – Fotolia

Manger des insectes , une alternative à notre alimentation? Certains produits sont très appréciés chez les amateurs de sensations nouvelles.

Route de Luxembourg 12, 4 960 Malmedy-Baugnez. L’enseigne «Amon Tchiniss» attire l’œil: espace bien-être et produits du terroir. La porte coulissante s’ouvre. Le patron, chaleureux, nous accueille et notre regard se dirige directement vers un présentoir mettant en avant une sélection… d’insectes: des grillons, des vers nature, des criquets, des scorpions… Et non, ce ne sont pas des objets de décoration mais bien des insectes destinés à la consommation. Cette pratique, l’entomophagie, consiste à manger des insectes. Pierre Lecoq tient son commerce depuis deux ans et demi et s’est lancé dans l’aventure il y a deux ans. Il a réussi à convaincre sa femme que les insectes trouveraient des amateurs et il avait raison. Des clients de Tournai, de Bruxelles ou encore de Namur viennent acheter ses produits. « Je suis le seul en Belgique à en vendre.» Il se fournit chez Romain Fressard, qui a lancé un site de vente d’insectes comestibles en ligne (www.insectescomestibles.fr). Ce jeune Français a aussi parié sur le succès des insectes.

«Je suis parti en Thaïlande, j’ai goûté des insectes et ça m’a plu. » Il propose sur son site internet divers produits tels que des barres chocolatées aux vers, un assortiment d’insectes (grillons nature, verts géants, scarabées, chenilles d’Afrique, fourmis, vers à soie…), des bonbons au papillon ou encore de la vodka au scorpion. Il se fournit auprès de pays tels que la Thaïlande où sont élevés les insectes et les produits arrivent directement confectionnés. Il commercialise les insectes pour une bonne raison: «On sera un jour obligé de trouver de nouvelles choses à manger.»

Consommer des insectes n’est pas nouveau. Ce sont même des friandises pour les Africains et les Asiatiques qui mangent un peu plus de 400 espèces tandis qu’en Europe, seule une vingtaine d’espèces sont consommées. L’idée fait peu à peu son chemin depuis 2001 dans la tête des chercheurs de la faculté Gembloux Agro-Bio Tech. Ils ont lancé une spin-off. On y cultive actuellement le ver de farine et le grillon, un élevage expérimental. Ils en proposent dans différentes dégustations, lors de festivals… Dans quel but? Éric Haubruge, vice-recteur de la faculté Gembloux Agro-Bio Tech, et Frédéric Francis, responsable de son unité d’entomologie (l’étude des insectes), espèrent qu’à long terme, les insectes puissent nourrir la population.

«D’ici 2050, nous serons 9 milliards d’êtres humains sur terre et donc 3 milliards de bouches supplémentaires à nourrir.» Actuellement, 800 millions de personnes sont sous-alimentées et d’ici quelque temps, les solutions traditionnelles ne suffiront plus. Les insectes ont un potentiel énorme: ce sont les organismes les plus diversifiés, un millier d’insectes sont comestibles et ils présentent de très bonnes valeurs nutritives. Les deux professeurs y voient une alternative à notre alimentation pour les années futures. Même s’ils reconnaissent que les gens ne sont pas encore tout à fait prêts à faire des insectes leur nourriture de tous les jours.