CYCLISME

Durand : « Les baroudeurs ont moins d’opportunités sur le Tour »

Durand : « Les baroudeurs ont moins d’opportunités sur le Tour »

Durand, qui savait barouder, le souligne : « Les baroudeurs ne sont pas à la fête, mais c’est le cyclisme actuel qui veut ça ».

Belga

Ancien pro, Jacky Durand voit encore quelques baroudeurs capablesde faire la différencesur le Tour. Mêmes’ils sont rares.

Vainqueur de deux étapes du Tour de France, Jacky Durand est très bien placé pour savoir à quel point il est devenu difficile pour les attaquants de s’imposer sur la Grande Boucle. Pour les sprinters par contre, c’est la fête, comme hier encore, via ce premier coup de bordure qui a condamné une échappée de six coureurs (Niemiec, Lemoine, Boeckmans, Perez, Gène, Maté) qui comptait plus de trois minutes d’avance…

Les échappées vont donc de moins en moins au bout sur ce Tour. Qu’en pensez-vous ?

C’est la confirmation d’une tendance à laquelle on assiste depuis quelques années déjà. Pour ma part, je suis incapable de citer le vainqueur d’une étape de plaine lors de laquelle une échappée matinale est allée au bout. Les seuls attaquants qui arrivent à s’imposer sur le Tour sont ceux qui profitent d’étapes vallonnées. Jan Bakelants en est un bel exemple. De là à parler de gros baroud, c’est une autre histoire.

Vous-même aviez profité d’étapes vallonnées lors de vos deux victoires sur le Tour…

Oui. En temps normal, j’aimais bien attaquer tôt dans les étapes. Mais déjà à mon époque, il était compliqué de faire la différence de si loin sur le Tour. D’où l’importance de mettre à profit les courses un peu plus rugueuses.

Comme l’étape qui mènera le peloton à Lyon ?

Il est évident qu’avec sa petite dizaine de cols et son final assez technique, la course de ce samedi sera la meilleure occasion pour ceux, qui le peuvent encore, de sortir et d’aller au bout.

On a plutôt affaire à des « baroudeurs-grimpeurs » dans ce cas.

C’est exactement ça : des mecs qui peuvent tenir devant durant plusieurs heures et qui ont les jambes pour faire la différence dans de petites ou moyennes côtes. Sylvain Chavanel, Thomas Voeckler, Juan Antonio Flecha ou Thomas De Gendt font partie de ces coureurs… Ils ne peuvent pas se permettre d’attendre les ascensions finales pour lâcher les meilleurs : ils doivent donc attaquer de plus loin.

Et pour les autres qui n’ont pas assez de punch ?

C’est bien sûr très compliqué. Et encore plus aujourd’hui dans un Tour où trois équipes (Lotto-Belisol, Omega Pharma et Argos) ont sacrifié une place au général pour des victoires d’étape. Faites le compte : 24 équipiers qui roulent pour trois sprinters obligeraient 30 coureurs à rouler ensemble devant. C’est quasiment impossible. Si quelques baroudeurs l’emportaient dans les années 90 par exemple, c’est parce que les équipes ne se limitaient pas uniquement aux victoires individuelles. Même la Telekom de Zabel visait autre chose : le général, le maillot vert,… Et dans le même contexte, je suis persuadé que les Sky ne viendront plus jamais avec des sprinters comme Cavendish en 2012 ou Boasson-Hagen cette année sur le Tour. Pourquoi ? Parce que justement les équipes ne se focalisent plus que sur un seul objectif.

Et le rôle des organisateurs dans tout ça ? Ne peuvent-ils pas pimenter les parcours ?

Il suffit de regarder le profil de l’étape d’Ajaccio pour comprendre qu’ils essayent de ne plus dérouler uniquement le tapis rouge aux sprinters. Au lieu de faire le bord de mer en Corse, ils ont ajouté une petite côte en fin d’étape. C’est bien joué de leur part. Mais voilà, la France n’est pas l’Italie et le relief des régions de plaine n’est malheureusement pas modifiable. À moins que les Qataris ne viennent créer une côte dans le coin…

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