Transports

Plan SNCB : ça craint pour le rail wallon

Plan SNCB : ça craint pour le rail wallon

Le plan d’investissements 2013-2025 de la SNCB n’est pas calibré pour les projets de développement wallons.

Éric Herchaft © Reporters

Avant le conclave fédéral, il fallait déjà s’accrocher. Après le conclave, le rail wallon crie «sauve qui peut!» Le ministre Henry fait le point.

«C’est une véritable gifle pour la Wallonie», résume le député wallon Bernard Wesphael (Mouvement de Gauche). Parfois avec plus de nuances, mais pas forcément, tout le monde réagit dans le même sens depuis janvier 2013 : le PPI, à savoir le plan pluriannuel d’investissement de la SNCB pour 2013-2025, néglige les priorités wallonnes. Et on semble en découvrir un peu plus chaque jour à cet égard.

Qu’en dit le gouvernement wallon, qui sera appelé à rendre un avis au fédéral sur ce dossier? Le ministre wallon de la Mobilité Philippe Henry a fait le point hier, suite aux questions des députés wallons de la majorité et de l’opposition.

1. Nettement moins «ambitious»

Premier constat du ministre wallon : le projet PPI a perdu des plumes. « Le fédéral est passé d’un scénario initial, qualifié d’“ambitious”, calibré à 42 milliards€ pour 2013-2025, à un scénario d’après-conclave de 26 milliards€», observe-t-il. Ce qui permet déjà, selon lui, de répondre en bonne partie à la question : « le projet de PPI répond-il aux besoins de mobilité en Wallonie à l’horizon 2025?» Effet concret : on ne prévoit par exemple que 120 000 places supplémentaires sur le réseau, soit 95 000 places en moins que prévu dans le premier scénario dit «ambitieux». Or, pour la période 2001-2012, on avait tablé sur une augmentation de 30 % de la demande et elle a été de 43 %.

2. Les retards du plan précédent

De gros projets wallons qui avaient été implémentés dans le plan précédent sont en retard. Le ministre cite la modernisation de l’axe 3 Bruxelles-Luxembourg (prévu pour 2014, reporté à 2018 mais reprogrammé dans le plan PPI en 2021…), le projet de RER renvoyé à 2025… Mettre fin à ces reports et passer à l’action : deux priorités wallonnes absolument incontournables.

3. Revoir la liste prioritaire : de 35 à 21

Le PPI n’a pas les moyens d’être ambitieux. Les Wallons en feront et en font déjà les frais. Que deviennent dans ces conditions les 35 projets prioritaires wallons définis par le bureau Tritel pour développer la desserte ferroviaire wallonne? «Ils sont et restent prioritaires», assure le ministre wallon. Mais vu la contrainte budgétaire au fédéral, le gouvernement wallon n’en listerait plus que 21, pour 791 millions (au lieu des 2,4 milliards prévus initialement). Dont près de 300 millions pour le transport de marchandises. Sans cette liste des priorités redessinée par les Wallons, le fédéral risque de trancher seul. Mais le gouvernement dans son ensemble ne s’est pas encore prononcé.

4. Maintien de la capacité : il manque 580 millions en début de plan

Mais avant de développer la desserte, il faudra déjà maintenir la capacité actuelle du réseau wallon, en toute sécurité. Et il y a de quoi frémir. Dans la configuration actuelle du PPI fédéral, il manquerait près de 580 millions pour les 9 premières années du plan. Si le fédéral ne fait rien, le réseau wallon risque de se dégrader davantage. Ce qui impliquerait des suppressions de lignes. Bref, l’inquiétude des uns et des autres n’est pas exagérée.

5. Thalys flamand, Thalys wallon

Et comme si la barque n’était pas encore assez chargée, le vice-Premier fédéral, Johan Vande Lanotte, par ailleurs échevin ostendais, affirme qu’il veut bien virer le Thalys Ostende-Bruxelles, si on supprime aussi le Thalys de la dorsale wallonne. Pour les mêmes raisons selon lui : trop peu de monde à bord. Vrai? Thalys refuse de donner ses chiffres. Secret commercial. Le ministre wallon se fonde donc sur les chiffres qui circulent: « Un taux de remplissage de 50 % pour le Thalys wallon et de 10 % pour le Thalys au départ d’Ostende ». Et Philippe Henry note que si le Thalys flamand doublonne avec le service IC existant, le Thalys wallon évite aux Namurois, aux Carolos et aux Montois de perdre une heure en faisant un détour vers Bruxelles.

Nos dernières videos