Emploi

Emploi : la Belgique limite la casse

Emploi : la Belgique limite la casse

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Malgré la crise, notre pays a vu le nombre d’emplois croître entre 2008 et 2012. Mais tout est loin d’être rose. Et les années qui viennent seront difficiles. Avant une éclaircie?

Cinq ans après l’émergence de la crise, l’Institut pour un développement durable s’est penché sur l’évolution du marché de l’emploi en Belgique entre 2008 et 2012. Et force est de constater que notre pays ne s’en sort pas trop mal, comme l’explique l’économiste Philippe Defeyt.

En comparaison avec d’autres pays européens, peut-on dire que la Belgique ne s’en est pas trop mal tirée sur le plan de l’emploi ?

D’une manière générale, par rapport à d’autres pays, et en particulier par rapport aux pays du sud, c’est vrai qu’on s’en sort globalement bien.

Pour quelles raisons ?

La première tient au fait qu’on a introduit, dès le début de la crise, du chômage économique pour les employés. Ça a incontestablement joué. Ensuite, il y a en Belgique une place relativement importante en matière d’emploi public où les pertes d’emploi sont limitées. Enfin, un certain nombre de mesures ont été prises, en particulier les titres services. Une grande partie de l’augmentation nette d’emploi entre 2008 et 2012 vient des titres-services.

Le bémol, c’est qu’une bonne part des nouveaux emplois sont subsidiés.

Ce n’est pas un jugement de valeur. Je trouve que créer des emplois dans des maisons de repos ou dans l’insertion socioprofessionnelle, c’est très bien. La seule chose que je tire comme conclusion est que la probabilité qu’on puisse encore assister aux mêmes évolutions dans les années à venir est évidemment limitée par les contraintes budgétaires que l’on connaît et la régionalisation qui va bientôt se mettre en place, avec une série de masses budgétaires qui ne seront transférées qu’à 90 %.

Sans surprise, c’est dans l’industrie, l’agriculture et les transports que les pertes d’emplois ont été les plus importantes.

Il y a certains constats qui ne sont pas des surprises. Ça fait des années qu’on perd de l’emploi dans l’agriculture ou dans le secteur manufacturier. Il y a juste la construction qui semble un petit peu se dépatouiller de la crise. On peut même penser qu’il y a des réserves de création d’emploi dans le secteur au vu des logements qu’il va falloir construire à l’avenir.

Les années qui viennent risquent d’être encore difficiles sur le plan de l’emploi ?

Trois éléments déterminent la bonne santé du marché de l’emploi : la situation économique générale, la masse budgétaire disponible et les mouvements démographiques. Sur ces trois paramètres-là, les trois années qui viennent ne seront pas extraordinaires. Comme d’autres, à mon sens, et je ne vais pas être très original, à partir de 2015, 2016 et 2017, ces trois paramètres pourraient redevenir plus favorables. Certainement pour le paramètre démographique.

Que voulez-vous dire ?

Je ne dis pas qu’on va manquer de main-d’œuvre mais la population en âge de travailler ne va plus augmenter comme aujourd’hui et va même peut-être se contracter un peu. Ce qui veut dire qu’il y aura plus de place pour ceux qui sont à la recherche d’un emploi. Et on peut espérer qu’on soit sorti des contraintes budgétaires fortes. Mais je ne vois pas d’embellie forte dans les deux trois ans qui viennent.

De plus en plus de travailleurs âgés

Vieillissement de la population oblige, le nombre d’emplois des 50-64 ans a fortement augmenté en quatre ans. Une tendance qui s’explique aussi par le fait que l’accès à la prépension a été rendu plus difficile. Les plus de 64 ans sont aussi plus nombreux à travailler qu’auparavant. Par contre, les moins de 25 ans peinent à intégrer le marché de l’emploi.

Plus de six Belges sur dix au travail

Selon le Bureau du Plan, le taux d’emploi en Belgique a reculé de 0,3 % ces quatre dernières années. pour s’établir à 63,8 %. Ce sont chez les 25-39 ans (84,3 %) et les 40-49 ans (84,2 %) que la proportion de travailleurs est la plus élevée. Chez les moins de 25 ans, le taux d’emploi ne s’élève par contre qu’à 27,2 %.

Les jeunes font les frais de la crise

La crise a plus durement frappé certaines catégories d’âge. À commencer par les moins de 25 ans où le taux de chômage a progressé de 3,5 % entre 2008 et 2012 pour atteindre 23,9 % l’an dernier, équivalent à la moyenne européenne. Par contre, le taux de chômage chez les plus de 40 ans est resté relativement stable (+ 0,3 %).

L'emploi se féminise

En 2000, les femmes ne représentaient que 42,1 % de la force de travail. Douze ans plus tard, le nombre de femmes qui ont intégré le marché du travail a progressé de 3,4 % pour s’établir à 45,5 %. Une tendance surtout observable chez les femmes de plus de 50 ans car chez les 15-24 ans, le taux d’emploi a reculé de 0,83 %.

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