Des vents de 110 km/h, des vagues de 9 mètres…

Des vents de 110 km/h, des vagues de 9 mètres…

Le matin se lève sur une nuit qui a été très éprouvante… Le vent reste fort, mais les vagues sont bien retombées.

Tom EVRARD

Deux ans de voyage en famille et une seule vraie tempête. C’était le 20 octobre 2011. Vents de 110 km/h et vagues de 9 mètres au programme…

«Là, elle arrive sur babord arrière!! On s’accroche!» Le «elle», c’est une vague énorme de plus de 8 mètres, qui vient soulever brutalement notre voilier, Pile Poil, nous obligeant à nous cramponner pendant que le bateau prend une gîte impressionnante. La vague précédente, aussi grosse, s’était écrasée sur le voilier en remplissant le cockpit de plusieurs centaines litres d’eau. Une déferlante. Nous sommes au cœur d’une tempête, une vraie. La première, et la seule que nous avons rencontré durant les deux années de voyage familial en voilier.

Ce 20 octobre 2011, nous sommes en haute mer, à près de 180 kilomètres au large du redouté Cap Finisterre, situé sur les côtes espagnoles. Mon épouse, Ragda, et nos trois enfants, (Jan, Eliza et Anja) ne sont pas présents pour cette partie du trajet, car nous savions que la zone devenait délicate en cette période de l’année. Trois équipiers bretons accompagnent donc le capitaine pour l’occasion.

Et c’était sans aucun doute la meilleure décision, car ce soir du 20 octobre 2011, nous n’en menons pas large. C’est la guerre.

Une bonne météo

Partis de Brest 3 jours plus tôt, les prévisions météo, revues régulièrement en cours de route, étaient pourtant excellentes, avec un petit vent régulier d’à peine 35 km/h qui nous poussait gentiment vers notre destination : Porto.

Du coup, on ne comprend pas trop les vents de 110 km/h et les vagues monstrueuses de 8 à 9 mètres qui nous cernent, transformant Pile Poil en un vulgaire jouet au milieu des éléments en furie.

On reprend bien une météo pendant la tempête, mais non, les prévisions persistent : «petit vent du nord-est, 15 à 20 nœuds (30 à 40 km/h)». Saleté… On jure, on peste… Mais nous n’avons pas le choix : faut faire avec. Et surtout, rester calme et lucide.

Pile Poil, lui, fait du yo-yo façon montagnes russes.

Les vagues monstrueuses arrivent par train de trois. À chaque fois, le bateau est soulevé de plusieurs mètres. Au «sommet», le vent hurle dans les oreilles, nous sommes noyés dans l’écume et les embruns fouettent douloureusement le visage comme des centaines d’aiguilles.

Une mer démentielle

L’aiguille de l’anémomètre (qui mesure la vitesse du vent) ne descend pas sous les 55 nœuds (100 km/h). Par contre, elle bute de temps en temps sur la vitesse maximum : 68 nœuds (122 km/h). La mer est démentielle…

«Et là qu’est ce que c’est? » Des feux, un cargo… « Merde. Manquait plus que ça. J’espère qu’il nous a vus…» Appel à la radio. Pas de réponse. Mais le cargo passe loin devant. Ouf. j

Rester concentré

Puis, la vague passe aussi, et le bateau plonge. En bas, le voilier est cerné par d’obscures murailles d’’eau, donnant l’impression qu’il va être aspiré dans les eaux. Il fait noir, si noir… Il ne reste presque rien comme voilure, mais le bateau file malgré tout.

Faut rester concentré, garder impérativement le bateau dans un angle donné par rapport aux vagues. Sans quoi, Pile Poil dévie, les vagues le prennent alors sur le flanc. Et là, il se retourne… On n’y pense pas, même si on regarde si le radeau de survie est accessible.

Nous lutterons 12 heures contre les éléments, en tenue de combat : cirés intégraux, gilets de sauvetage et attachés. On mange comme on peut, on boit comme on peut… On se relaie régulièrement à la barre, et on vit en mode «essoreuse». Pas le temps d’aller aux toilettes, on «fera» dans les cirés. On fait ce qu’on peut, pas ce qu’on veut…

Et puis, brutalement, vers 5h30, le vent tombe, laissant un équipage épuisé dans une mer désordonnée… Nous avons tenu, et Pile Poil aussi. Ouf. Mais on se souviendra de cette nuit…

Demain : A la rencontre d’environnements paradisiaques

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