Albert II, le roi qui avait fait un serment à son frère

Son règne devait être bref. Il aura duré vingt longues années. On le trouvait léger au départ, il était devenu le roi de la stabilité.

1. Le roi de transition.

Vingt ans de transition, c’est long. On l’a vu trembler, dès le début, au Parlement. On a dit que c’était les prémisses d’une maladie de Parkinson. Vingt ans plus tard, on peut dire que ce n’était en rien un souci de santé mais la pression terrible qui faisait trembler Albert. « Albert n’était pas au départ un roi qui voulait régner », souligne Vincent Dujardin, spécialiste de la royauté et de son histoire de l’UCL.

2. Le roi séduction.

Quand on a vu Albert arriver, on l’a oublié  : il n’était pas encensé. Du roi sourire qu’était Baudouin au roi du rire que fut Albert, il a fallu du temps pour que le peuple belge tisse un lien d’affection. Au départ, on taxait Albert de « léger ». On disait « fera-t-il le poids? ». Vingt ans plus tard, le monde politique dresse un bilan dithyrambique, parle de règne parfait et très heureux. « En réalité, son prestige a monté malgré lui grâce à son rôle dans les crises politiques », explique Vincent Dujardin.

3. Le roi stabilisation

Albert a joué un rôle énorme, symboliquement parlant du moins. Il a été le seul élément de stabilisation du pays dans un contexte de chaos complet. « Mais il ne faut pas non plus surestimer le rôle d’Albert parce que sinon la crise politique n’aurait pas duré 541 jours », souligne l’expert Le prestige d’Albert est soudain devenu énorme auprès des Belges effrayés par les annonces régulières d’une fin du pays imminente.

4. Le roi du rire

Albert était débonnaire. Ses éclats de rire ont rythmé la vie de notre pays. Son humour était redoutable. Son sens de la répartie était inégalé pour un roi. Lors des dernières négociations, on a bien cru que les noms malicieux étaient de lui. On parle des préformateurs, éclaireurs et autres démineurs. On se souvient de Paul Magnette qui au moment de prêter serment serre la main du roi plutôt que de la lever. Albert lui dit « un serment est aussi un serrement de mains ».

5. Le roi obligé (ou le pacte entre frère)

« En 1992, il a été convenu entre Baudouin et Albert que ce serait ce dernier qui serait roi. Baudouin était alors entre la vie et lamort, mais on ne l’a pas dit aux Belges. Jean-Luc Dehaene n’est pas le faiseur de roi qu’on a fait de lui. L’avènement d’Albert est une décision du Palais, pas politique », assure Vincent Dujardin. Albert II est donc devenu roi parce qu’il le fallait, c’est-à-dire ni par ambition ni par goût. Il avait alors 59 ans, ce qui n’est jamais que six ans de plus que Philippe aujourd’hui. D’emblée on l’a dit proche de la retraite. « Ces vingt ans de transition auront finalement nui autant à Albert qu’à Philippe. Aucun n’est apparu comme complètement légitime ».

6. Le régime des dotations, l’erreur majeure.

On le sait peu mais jusqu’en 2000, seul le prince héritier avait une dotation. On rompait alors avec une tradition. Et c’était une décision conjointe d’Albert II et de Guy Verhofstadt, Premier ministre. Astrid a donc reçu en 2000 une dotation, au moment de l’abolition de la loi salique. Et puis, des voix se sont fait entendre du côté du CD & V pour estimer que Laurent devait aussi recevoir sa dotation. La monarchie était alors super populaire. Mais quelle erreur. Treize ans plus tard, c’est la crise de nerfs familiale entre les enfants d’Albert. Astrid fait savoir qu’elle peut se passer de cette dotation, Laurent rétorque que pour lui, il n’en est pas question et on finit par voir Astrid quitter le Palais en larmes.

7. Delphine, le talon d’Achille de tout un règne

Le déficit de sérénité familiale est vraiment le plus grand reproche qu’on peut adresser à Albert. Les démêlées avec Laurent ont été épiques. L’ombre de Delphine a plané sur son règne d’un bout à l’autre, jusqu’au paroxysme de ces derniers jours, avec l’action en justice de la fille non-reconnue du roi. Delphine Boël a assigné en justice, le 17 juin, Albert II, Philippe et sa sœur, la princesse Astrid, ainsi que son père légal, Jacques Boël, afin que des tests ADN soient réalisés pour prouver qu’elle est le quatrième enfant du souverain belge, qui ne l’a jamais reconnue. Albert II n’a fait aucune déclaration publique. Mais l’opinion publique tournait de plus en plus en sa défaveur face à cette non-reconnaissance d’un enfant naturel.

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