Égypte -

Morsi rencontre le chef de l’armée, heurts meurtriers au Caire

Morsi rencontre le chef de l’armée, heurts meurtriers au Caire

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AFP

Des heurts meurtriers ont éclaté mardi au Caire entre partisans et opposants de Mohamed Morsi, qui manifestaient à nouveau en masse à la veille de l’expiration d’un ultimatum de l’armée appelant le président à «satisfaire les demandes du peuple».

Ces affrontements dans le quartier de Guizeh, dans le sud de la capitale, ont fait sept morts et des dizaines de blessés, dont plusieurs grièvement touchés par des tirs, ont annoncé des sources médicales à l’AFP. Des heurts ont également éclaté dans d’autres quartiers de la périphérie du Caire et dans la province de Beheira (nord).

Le président islamiste, qui a rejeté la demande du commandement militaire assimilée par ses partisans à un coup de force pour le faire partir, a rencontré le ministre de la Défense et chef de l’armée, le général Abdel Fattah al-Sissi.

Les entretiens, engagés dans la matinée, se poursuivaient encore en début de soirée, selon des sources militaires et à la présidence qui n’ont pas donné plus de précisions.

L’opposition de son côté a désigné Mohammed ElBaradei, ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), pour être sa «voix» et son négociateur vue d’une «transition politique».

L’opposition a salué l’ultimatum de l’armée, y voyant un appui de poids dans sa volonté de pousser vers la sortie Morsi, accusé de vouloir instaurer un régime autoritaire au profit des Frères musulmans, le mouvement dont il est issu.

Les partisans du chef de l’État insistent quant à eux sur la «légitimité» du premier président démocratiquement élu de l’histoire du pays.

Celui-ci a d’ailleurs rejeté l’ultimatum de l’armée, affirmant que l’Égypte ne permettrait «absolument aucun retour en arrière».

L’armée, qui avait assuré un intérim controversé entre la chute de Moubarak et l’élection de Morsi en juin 2012, a démenti vouloir préparer un «coup».

Mardi soir, les opposants occupaient en masse l’emblématique place Tahrir du Caire.

Un manifestant, Mostafa Gharib, a dit à l’AFP craindre que les islamistes «ne se battent jusqu’à la fin avant de tomber».

Pour Mona Elghazawy, une comptable également descendue dans la rue pour réclamer le départ du président, «la bataille se joue maintenant» face aux islamistes.

Des policiers supplémentaires étaient déployés dans la capitale, où les rues quasi-désertes offraient un contraste saisissant avec l’habituelle activité de la mégalopole égyptienne.

La ville, où de nombreux commerces et bureaux sont restés fermés par crainte de nouvelles violences, était également survolée par des hélicoptères de l’armée.

Un responsable des Frères musulmans a appelé à empêcher un coup d’État, au besoin par le «martyre», en rappelant le sang déjà versé pour obtenir la chute de l’ancien président Hosni Moubarak en 2011.

Des dizaines de milliers de partisans du président étaient rassemblés dans le faubourg de Nasr City ainsi que devant l’université du Caire, sur l’autre rive du Nil.

«La position de l’armée est inquiétante et dérangeante. S’ils prennent le pays, nous ferons une révolution islamique», a prévenu Mohamed Abdel Salem, un manifestant pro-Morsi.

«Réveille-toi Sissi, Morsi est mon président», scandait la foule à l’adresse du ministre de la Défense.

Alia Youssef, ingénieure voilée de 24 ans, s’est dite «prête à mourir ici pour défendre la légitimité (du président) et dire +non+ à un coup d’État militaire».

Morsi est cependant de plus en plus isolé après la défection de cinq ministres, dont celui des Affaires étrangères Mohamed Kamel Amr, et de son propre porte-parole, Ehab Fahmy.

Infligeant un revers supplémentaire au président, la justice, engagée dans un bras de fer avec Morsi, a ordonné la réintégration du procureur général, Abdel Méguid Mahmoud, nommé sous Moubarak et limogé en novembre par décret présidentiel.

Le président américain Barack Obama a invité à la «retenue», et a appelé Morsi pour lui faire part de son inquiétude, tandis que son secrétaire d’État John Kerry a estimé que la démocratie n’impliquait «pas seulement des élections» mais signifiaient aussi «s’assurer que les voix des Egyptiens sont entendues».

Dimanche, jour anniversaire de l’élection de Morsi, la foule avait déferlé à travers le pays aux cris de «Le peuple veut la chute du régime», le slogan déjà scandé contre le pouvoir autoritaire de Moubarak.

Au moins 16 personnes avaient été tuées en marge des manifestations. La semaine dernière, des affrontements entre pro et anti-Morsi avaient fait huit morts, dont un Américain.

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