Felice Mazzu, l’été de ses quinze ans

Felice Mazzu, l’été de ses quinze ans

Voici une semaine, il y avait plus de 1 000 Carolos à Châtelet pour venir voir Mazzu et ses Zèbres. L’ancrage local, ça marche !

Belga

Felice Mazzu avait promis à son père qu’il serait, un jour, coach en D1. Tout a commencéà Marchienne, rue Tourneur, en 1998.

«Pedrotta, Fragapane, Koziol, Di Sciacca, Paulet, Politi…». Felice Mazzu n’a pas la mémoire défaillante. Il sait d’où il vient. Et, surtout, avec qui il était. Tous les gars de Marchienne, dont quelques fortes têtes, en promotion. C’était il y a quinze ans. L’actuel entraîneur de Charleroi, 31 ans à l’époque, entamait sa carrière de T1, prenant la relève du «professeur» Jacques Urbain auprès de qui il avait appris le métier durant deux saisons. «Rien que le fait que je devienne T1 a surpris pas mal de monde autour de moi, se remémore Mazzu. Joueur – modeste défenseur central –,j’avais toujours été le farceur, l’amuseur, l’agitateur dans le vestiaire. Qui pouvait s’imaginer que le gentil trublion endosserait un jour les responsabilités et le costume de coach principal? Mais cela a fonctionné. En quittant Marchienne par la suite, j’ai même promis à mon père… de devenir un jour un entraîneur de D1. Comme pour compenser le fait de n’avoir jamais atteint ce niveau-là en tant que joueur (NDLR : il a fait ses classes au Sporting sans y percer).»

Pari tenu! Venu de Calabre pour faire sa vie dans le cœur minier de Charleroi à l’époque des charbonnages, Pasquale, le père de Felice, aujourd’hui vaillant octogénaire, voit donc le «figliol prodigo» prendre en mains la destinée du club-phare de la région. «Mon père est quelqu’un d’introverti, raconte Felice Mazzu. Mais là, je peux voir à quel point il est fier de moi. Il ne s’en cache pas. Et il suit dans les médias les moindres faits et gestes du club.» Ce qui était moins évident lorsque Felice entraînait le CS Braine, Uccle, Tubize (comme T2 puis comme T1), et le White Star.

« Dury avait un club,Ferrera avait un nom »

Mais pour la première fois également, l’ancien adjoint d’Albert Cartier à l’AFC, dont la carrière a subi un solide coup d’accélérateur à Woluwe, va réellement être sous le feu des projecteurs. Et… de la critique. « Tout le monde, mes dirigeants, les supporters et la presse, sera dur avec moi, poursuit l’entraîneur carolo. Mais je me dis que je n’ai rien à perdre. J’ai atteint un rêve. Après, on verra… Quel coach en D1 belge a connu un tel parcours sans posséder de réel passé de joueur pro? Dury a gravi les échelons, oui, mais au sein du même club. Quant à un de mes prédécesseurs au Sporting, Yannick Ferrera, il avait déjà fréquenté le haut niveau et puis avait un nom qui l’a aidé

« On ne peut pas se contenter du maintien »

Et si le nouvel entraîneur des Zèbres n’a (officiellement) pas reçu d’objectif chiffré de la part de sa direction, il refuse de n’évoquer que le maintien. «Viser le maintien, cela veut dire quoi? On ne va pas viser la descente, hein! Si on se contente de ça, cela voudra dire qu’une défaite contre le FC Bruges (NDLR : où le Sporting se déplace pour son premier match, le 26 /7) serait… normale ou logique! J’en refuse l’idée. Si mes joueurs estiment que Bruges est une équipe du top et que Charleroi est juste bon à éviter la D2, ils n’iront pas loin. Par contre, s’ils croient en eux, en leurs qualités, et qu’ils sont conscients qu’avec du courage et une bonne organisation ils peuvent rivaliser avec n’importe qui, on peut faire de belles choses. Je rêve même, qu’à terme, le Mambour redevienne aussi rempli, bouillant et passionné que celui que j’ai connu quand moi, j’étais gamin. Que cela sente à nouveau le boudin et la choucroute, que les jours de match, des voitures soient garées jusque dans la rue de chez mes parents à Charleroi Nord

Rien que ça! Aucun doute là-dessus : Felice Mazzu est prêt à soulever tous les terrils du Pays Noir.