Un nuancier dans son enthousi asme

Un nuancier dans son enthousi asme

Rodrigo Beenkens distillera toujours son enthousiasme pendant le Tour mais tous les coureurs n’y auront pas droit.

Philippe Buissin – Imagellan

Il a toujours ces petites fiches méthodiquement rangées dans les boîtes ad hoc. Une fiche, un coureur. C’est son trésor qu’il polit depuis son premier Tour de France.

Même à l’heure de l’ordinateur, elles l’accompagnent au fil des étapes. « En cas d’échappée, je sors mon jeu avec les coureurs concernés. »

Elles fourmillent de détails, d’anecdotes, de résultats. C’est le résultat d’un travail quotidien, de lectures, de rencontres. «Mais maintenant, elles ont une caractéristique supplémentaire : les couleurs.» Il y a les rouges, les oranges, les vertes. Rodrigo Beenkens a été choqué par l’affaire Armstrong. Il l’a dit, il l’a écrit, il l’a tweeté. Oui, cette vaste supercherie l’a marqué. En cette matière, ce fut un sommet.

On remet le ver dans le fruit

L’homme s’emballe, il devient intarissable. Il lit beaucoup, se renseigne, se méfie mais se positionne aussi. Son leitmotiv : «Un coureur ne se dope jamais seul. Ce qui m’interpelle, c’est que toute la structure qui encadre cette discipline ne bouge pas ou peu.» À commencer par les instances du cyclisme : «L’UCI (Union cycliste internationale) n’a connu que deux présidents en 22 ans. Dans n’importe quel autre domaine, avec les tempêtes que ce sport a traversées, cela est inimaginable.»

Il embraie sur la composition des staffs. «Les équipes changent de nom mais les gens restent. Rabobank rongée par le dopage devient Blanco mais la structure reste la même. Ailleurs, Bjarn Riis reconnaît qu’il a triché mais il reste le patron. Kim Andersen a été contrôlé sept fois positif mais il est directeur sportif.» Il égrène les noms, les équipes. «Uncoureur peut avoir triché une fois, d’accord. Il est sanctionné et il obtient une seconde chance. Mais ici, ces hommes sont responsables d’équipes, de coureurs et de jeunes coureurs.» C’est remettre le ver dans le fruit.

«Le milieu doit absolument se nettoyer. Ici, c’est un peu décourageant parce que ça ne bouge pas. Il y a une tentative en France avec le mouvement pour un cyclisme crédible où les équipes s’auto-suspendent. AG2R l’a appliqué en se suspendant lors d’une course qui avait lieu dans son fief. Chapeau. Mais parallèlement à cela, une autre a déjà commis une entorse à ce mouvement auquel elle adhérait.»

Le milieu doit se nettoyer ou être nettoyé: «Pourquoi les sponsors suivent-ils toujours les équipes dénoncées ? »

Avec acuité, il observe aussi ces hommes de l’ombre qui gravitent dans la périphérie des équipes, certains médecins. Rodrigo sort son stylo: «Celui-là a été dans telle équipe pendant 3 ans, voilà l’évolution des résultats.» Fulgurants. «Ensuite, il est passé dans un autre.» Qui a retrouvé une forme incroyable. Même regard lorsqu’il regarde l’évolution de certains coureurs. «Des sprinteurs qui, en 10 ans, deviennent meilleurs grimpeurs du Tour, ça interpelle. Des mutants ?»

Alors, on fait quoi avec tout ça ?

Alors ? On fait quoi avec tout ça ? Des fiches de couleurs avec ceux qui ont déjà été pincés, ceux qui sont suspects, «la plus difficile», et ceux qui sont propres. Mais encore ? «Je m’enthousiasmerai toujours pendant une course mais parfois ce sera pour le paysage.»

Au-delà de la boutade: «Pour certains coureurs, je ne m’enthousiasmerai pas ou plus. Ce n’est pas possible.»

Mais que les suiveurs du Tour se rassurent ou s’inquiètent: il aura de nouvelles anecdotes plein ses fiches pour combler certains silences. Il a potassé des ouvrages sur les premiers tours. «Mais là aussi, les coureurs essayaient d’améliorer leur performance, avec de l’absinthe, entre autre.» Mais il n’y avait pas d’éthylomètre! Autre époque, même problème.

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