La passion à maturité

rodrigo beenkens Philippe Buissin – Imagellan

Dans quelques heures, il entamera son 22e Tour de France. Journaliste à la RTBF, Rodrigo Beenkens est toujours passionné.

C’est son moteur. Avec ce délicat équilibre entre braquet et vieilles pierres.

Sur la table de la salle à manger, des livres, des feuilles, des journaux, des fiches. Un studieux capharnaüm. Rodrigo Beenkens a déjà entamé son 22e Tour de France. Plongée dans une barbe de trois jours, une bouche boudeuse maugrée sur cet escalier qui n’arrive pas. Celui-là même qui doit le mener à son nouveau bureau. Ce sera pour le prochain Tour. Puisque les routes de la Grande Boucle s’avancent déjà sur votre petit écran. Il commence à les connaître et pourtant, il ne s’en lasse pas. «Si l’événement est bon, entre le moment où je me branche et où je me débranche, c’est toujours la même passion. »

Par contre, la lassitude s’immisce dans les à-côtés. «Dans ce qu’il y a avant et après l’étape. Où il faut se battre pour arriver à temps dans la cabine sur la ligne d’arrivée. Parfois j’y suis alors que les coureurs prennent encore leur petit-déjeuner. Où il faut parfois fendre des pelotons de cyclos qui grimpent un col, ce que je comprends, mais qui ne comprennent pas que nous devons déjà prendre place si tôt. Parfois, je suis déjà tendu avant d’avoir commencé quoi que ce soit. C’est rebelote le soir. »

Mais qu’à cela ne tienne, une fois le micro ouvert, il oublie tout cela et plonge le téléspectateur dans le Tour de France mais aussi le Tour de la France, comme il aime le préciser.

Si cette voix profondément chaleureuse est sa marque de fabrique, si les cheveux gris rappellent que les années passent, l’homme a gagné en épaisseur. Pas en bourrelets ou kilos superflus, non. Il est toujours fit and well. Mais en maturité. «Il y a les braquets et les hors-jeu, mais il n’y a pas que ça. Quand je commente un match de la Coupe des Confédérations qui se déroule au Brésil, je ne peux pas passer sous silence ce qui se passe en dehors du stade.» Et cela aussi, il le prépare.

«Avec le Tour, c’est un peu différent. Là, on parle de culture, de vieilles pierres, de gastronomie… C’est un autre exercice. Là, il faut trouver le bon dosage entre deux publics. Il y a celui des connaisseurs qui me suivent depuis le début de la saison avec les classiques. Celui-là, les vieilles pierres ne le passionnent pas nécessairement. Mais, avec cette course, on accueille aussi un public différent qui ne vient pas pour la bicyclette mais pour faire un tour de la France.» Pas toujours facile à concilier.

Certains téléspectateurs le font savoir. «Oui, j’ai beaucoup de retour. Et souvent en direct, lors des courses. Le constat ? C’est très très rarement méchant. Des critiques, il y en a, c’est normal. Quand il y en a des récurrentes, je m’interroge. Mais la plupart du temps, les gens sont gentils avec moi. Il faut bien se dire aussi qu’on n’est pas là pour plaire et que parfois il faut dire les choses. Mais j’écoute les gens. Il y a celui qui parle et celui qui écoute. » Alors de temps en temps, c’est à lui d’écouter. Mais qui a dit qu’il parlait beaucoup ?

«J’espère ne pas être hautain, du moins je l’espère. Parfois, je suis pressé mais je n’envoie pas valdinguer les gens. La notoriété ? Il faut relativiser. Il y a 4,5 millions de francophones et la moitié n’aime pas le sport. Comme la plupart de mes amis d’ailleurs. Je me protège avec eux et avec ma famille. L’équilibre est là.»

L’heure de midi approche, son épouse passe la tête : «Rodrigo, tu n’oublieras pas de ranger la table ? » Maudit escalier.

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