ECONOMIE

Region wallonne: deux milliards dans les entreprises

Vous ne le saviez probablement pas mais chaque citoyen wallon est actionnaire d’un tas d’entreprises. Environ 1 500. Dans votre portefeuille d’activités, on trouve aussi bien des PME que des grosses sociétés.

Pourquoi investir autant d’argent public dans des sociétés privées? Pour redresser la Wallonie, pardi. Posez-vous alors la question : en avez-vous pour votre argent? Bof…

+ Posez-nous vos questions de 11h à 12h dans une séance de questions/réponses avec notre journaliste Dominique Vellande

Vous considérez, comme la plupart des citoyens, que l’argent public doit être affecté à des missions de… services publics. Vous serez peut-être surpris de le voir également investi dans des entreprises privées auxquelles vous êtes complètement étrangers. Les montants dont il est question n’ont rien d’anecdotique puisqu’au total, on atteint trois milliards d’argent public mobilisable dans les entreprises wallonnes. Ramené à nos 3,5 millions de Wallons, cela donne tout de même 857 euros par personne. Ainsi que nous l’expliquions dans nos éditions d’hier, un tiers de cet argent n’est pas utilisé.

Un préambule qui vous donnera sans doute envie de savoir qui se trouve derrière les manettes de ces investissements. Voici donc venu le moment de lever le voile sur les outils financiers de la Région wallonne.

Leur nom? Société régionale d’investissement de Wallonie (SRIW), Société de Participation et de Gestion (Sogepa), Société de Financement et de Garantie (Sowalfin) à quoi il faut ajouter neuf invests répartis dans les provinces. Toutes ces sociétés ont des filiales spécifiques, créées pour accueillir (et affecter) soit des fonds européens soit des fonds du gouvernement wallon en faveur d’un objectif spécifique de politique industrielle.

Premier constat: ces sociétés régionales peuvent soutenir les entreprises via une panoplie très complète de solutions. Mais pour faire court, on peut résumer cela à deux façons de faire. Soit, ces sociétés investissent dans le capital et deviennent actionnaires de ces entreprises. Soit, elles octroient des prêts, ce qui les transforme en créancières des entreprises.

Du capital ou des prêts

Avec une nuance pour la Sogepa dont la mission est strictement dédicacée aux entreprises en difficultés, les autres outils financiers de la Région wallonne ont une vocation historique: assurer la reconversion de notre région dès lors que, depuis une trentaine d’années, tous les fleurons de notre industrie sont partis en lambeaux.

Trente ans plus tard, les principes de base sont restés: on participe au capital des entreprises qui le demandent ou bien on leur accorde des prêts.

Comme le développement d’une entreprise est parfois aléatoire, on parle de capital-risque. C’est la posture dominante de tous ces outils: ce capital-risque est susceptible de générer des emplois. Et c’est ainsi que nous devenons actionnaires sans le savoir. «Ces interventions au capital ne sont pas destinées à se pérenniser. C’est plus une action de portage», explique Olivier Vanderijst, patron de la SRIW. «On veut leur donner le coup de rein nécessaire à leur croissance. Le but, c’est que des capitaux privés arrivent ensuite pour prendre notre place».

Prêter de l’argent est le second boulot de ces outils. Ne serait-ce pas le rôle des banques? «Les banques sont devenues très frileuses depuis la crise économique et financière. Elles hésitent à prêter de l’argent s’il y a un risque jugé trop important», poursuit Olivier Vanderijst.

Pas optimale

Plus de trente années de politique industrielle via des financements publics ont conduit ces outils à mettre de côté toute forme de triomphalisme. Car il faut bien admettre que la Wallonie n’est pas tirée d’affaire. «Ce qu’on croyait conjoncturel est devenu structurel», ramasse Benoît Bayenet, spécialiste des invests et conseiller au cabinet du ministre Marcourt. Ce qui explique pourquoi cette valeur ajoutée procurée par ces investissements ne paraît pas optimale. Il manque des investisseurs privés, il manque des entrepreneurs, il manque des projets susceptibles de créer de l’emploi. Et comme la Wallonie n’a même pas le pétrole, on peut dire qu’elle manque d’un peu de tout. La performance de ces outils financiers s’en trouve singulièrement affectée. C’est tellement vrai que les optimistes se contentent de dire que s’ils n’existaient pas, ce serait pire encore… Du point de vue de l’actionnaire que nous sommes, il n’y a donc franchement pas de quoi pavoiser.

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