COLLECTION

Triple arrêt à Escales des Lettres

Dirigée par Francis Dannemark, cette collection largement ouverte aux talents belge a adopté une nouvelle présentation sans perdre de sa qualité.

Alain Bertrand, Colette Cambier, Xavier Deutsch, Régine Vandamme, Philippe Blasband, Thomas Gunzig, Xavier Hanotte, Marie-Eve Sténuit, Eva Kavian. Mais aussi Willem Elsschot, Benno Barnard ou Jef Geeraerts. On ne compte plus les écrivains belges de langue française ou flamande édités depuis quinze ans chez Escales des Lettres. Cette collection fondée par l’écrivain belge Francis Dannemark au sein du Castor Astral a récemment troqué son cadre bleu contre une couverture crème ornée d’un dessin sans perdre de son exigence qualitative comme le prouvent trois parutions récentes.

Les deux magnifiques textes qui forment La possibilité d’un garçon sont clairement autobiographiques. Dans le premier, Fifoche, avec une sensibilité et une affection profondément émouvantes, le Verviétois Vincent Flamand fait revivre son père qui avait pour lui «une dévotion absolue». Il raconte son amour des livres et sa passion pour le football mise en veilleuse après son mariage à 45 ans, l’émerveillement des Saint-Nicolas, l’épouvantable cobaye Bobby puis le doux chat Gredin. Jusqu’à sa mort d’un cancer.

Dans l’autre récit qui donne son titre au recueil, l’auteur s’adresse à sa mère. Une mère surprotectrice, trop prévenante qui avait fait de lui sa «carte de visite». Fragilisant a contrario l’enfant qui n’osait pas s’éloigner du «nid», craignait d’être abandonné, de ne pas être aimé. Et qui finit par devenir prêtre entre 2002 et 2008.

Présentés comme des romans, Nature morte aux papillons et Les nigauds de l’oubli et autres saloperies, possèdent pourtant un indéniable parfum autobiographique. Au début des années 1970, le narrateur du premier se partage entre Charleroi – ville natale de l’auteur, Lorenzo Cecchi -, où il a une petite amie qui envisage le mariage (source de cauchemars récurrents), et Bruxelles, où il étudie la sociologie. Et où il joue aux échecs avec Nedad, un Yougoslave mélancolique étudiant aux Beaux-Arts, tout étant la proie (consentant) de la libido de Suzanne, une fille entière et épanouie rétive à tout attachement. Il les perd puis les retrouve huit ans plus tard. Nedad, devenu un sculpteur célèbre, le contamine, provoquant un électrochoc dans sa vie.

Cette belle et poignante traversée d’une existence en perpétuelle recherche répand l’humour et la vivacité du roman écrit en français par Ilaria Gremizzi. Soit quelques moments échappés de l’enfance villageoise de Lily, 13 ans, entre un père coiffeur pour dames en faillite, une belle-mère «moderne» adepte d’un électroménager futuriste, un énigmatique Franz dont elle a fait son mentor, une «voyante auditive», sa copine nymphette Linda et son chat Voltaire. C’est drôle, frais, intrigant, poétique, imaginatif et riche de ces multiples anecdotes qui propulsent le quotidien dans une autre dimension.

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