Polar

Bienvenue dans l’enfer du 93

De Maxime Chattam à Jean-Christophe Grangé, le 93, le département de Seine-St-Denis, est probablement le préféré des auteurs de polars.

Le 93, c’est le département le plus criminogène de France. Olivier Norek y vit et il y travaille tous les jours, contre le crime. Il est flic à la PJ. Flic et auteur d’un excellent polar : Code 93.

Olivier, Norek, cette histoire, c’est une autobiographie ?

Non. C’est très proche du réel mais en changeant les détails, les noms. Dans le bouquin, 90 % des choses sont vraies. C’est important pour moi le côté réaliste. Les flics sont comme je les décrits, l’enquête aussi. Ensuite je me permets de rajouter par-dessus une histoire plus spectaculaire.

L’un des personnages est-il inspiré de vous-même ?

Oui, évidemment, le capitaine Coste. Il a des caractéristiques et des manières de réagir qui sont parfois proches des miennes. Ce n’est pas un flic violent, dépressif ou alcoolique. J’ai eu envie de présenter aux lecteurs un flic moderne. Être flic dans le 93, dans les années 2000, c’est déjà assez compliqué comme ça sans avoir besoin de rajouter un personnage névrosé. Moi, mes flics vont bien. C’est juste le monde autour qui ne va pas bien.

Il faut donc être flic pour bien raconter des histoires de flic ?

Ce n’est pas obligatoire, mais on est sûr qu’avec un polar écrit par un flic, on est dans la réalité des choses. Cela permet d’avoir un polar ultra-documenté sans virer dans le docu-fiction et en étant très plausible et honnête. L’honnêteté c’est important.

L’écriture de ce roman c’est une forme de thérapie ?

En tout cas, ça l’a été. Cela m’a permis d’extérioriser beaucoup de choses que je gardais en moi. Des incompréhensions, des injustices. Le 93, c’est le département le plus criminogène de France mais ce n’est pas le plus aidé. Que ce soit au niveau du nombre de policiers ou des budgets alloués aux services de police. On y rencontre en un an ce que l’on rencontre en cinq ans en province. Mais on a moins de moyens pour y faire face. Ce qui me motive, ce sont les victimes, c’est pour elles que je bosse. Je ne pourrai pas soigner la société. On écope un bateau avec une cuillère. Mon travail de flic ne va rien changer à la criminalité en général, mais pour la victime, ça change toute sa vie que je puisse arrêter son agresseur. C’est ça mon seul et unique moteur.

Avez-vous dû vous isoler physiquement de votre quotidien de flic pour pouvoir écrire ?

Quand je me suis mis à écrire, je le faisais la nuit. Mais au bout de quelques mois, je commençais à ressembler à un zombie. J’ai donc demandé un congé et je me suis isolé dans l’Aveyron où mes parents ont une maison de famille. Et là, en deux ou trois jours, le puzzle s’est mis en place. J’avais donc effectivement besoin de décrocher du 93 pour écrire sur le 93.

La réussite de ce premier bouquin, cela vous a donné l’envie de persévérer dans cette nouvelle carrière ?

Fermer la porte de la PJ, je ne sais pas si je pourrais le faire. Je suis incapable de passer une semaine sans prendre des nouvelles de mes collègues. Sans trop d’orgueil, je pense que les policiers sont les derniers aventuriers de ce siècle. On leur donne un territoire et on leur dit : « Voilà, il y a des délinquants, des meurtriers, des trafiquants, mais vous, réglez tout ça ». C’est un métier passionnant, parce que l’on va croiser ce que l’homme recèle de pire en lui. Fermer la porte de la PJ, ce serait ne plus vivre toutes ces histoires mais juste les écrire. Cela me manquerait d’être vraiment utile, de savoir que l’on a fait quelque chose pour quelqu’un. Mais la suite de Code 93 est en route.

 

L'auteur

Olivier Norek est lieutenant de police à la PJ du 93 depuis une quinzaine d'années. Code 93 est son premier roman. Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître. Parsemée d'un humour noir dont on raffole, son histoire n'en prend pas moins aux tripes, grâce à un rythme rapide et à une grande maîtrise de son sujet. Et pour cause, pour les infos, détails croustillants d'une enquête, Olivier Norek est à la source.

 

L'histoire

Le 93. Trois fois plus d’homicides que n’importe où en France. C’est pourtant dans ce département que des meurtres vont être oubliés, effacés des tablettes.

Des meurtres de personnes dites socialement sans importance, SDF, camés, putes… Pour améliorer les statistiques. Un petit flic de la crim’ va bien malgré lui mettre le doigt dans cet engrenage infernal et faire disparaître de nombreuses victimes. On les appellera Code 93. Mais parmi ces victimes invisibles, une fille de bonne famille, Camille, 20 ans, droguée, prostituée, assassinée. Contre toute apparence, sa famille compte bien ne pas en rester là.
 

Olivier Norek, Code 93, Michel Lafon, 304 pages, 20,40€

4 étoiles