Derrière la caméra de Thierry Michel

Derrière la caméra de Thierry Michel

Cinéaste engagé, Thierry Michel a réalisé plus d’une vingtaine de documentaires.

Belga

Quand un jeune documentariste belge rencontre un collègue renommé comme Thierry Michel, cela donne un documentaire fascinant.

Peu de cinéastes belges font parler d’eux comme Thierry Michel. Ce natif de Charleroi a exploré les quatre coins du monde caméra au poing, et sa filmographie compte plus d’une vingtaine de documentaires.

Cinéaste engagé, notamment en Afrique où il a scruté pendant plus de 10 ans les évolutions sociales et politiques d’un continent en mutation, ses œuvres lui ont apporté autant de reconnaissance que de remous.

Nommé dans la catégorie Meilleur Documentaire lors des Magritte du cinéma en février, L’Affaire Chebeya, une affaire d’État? sur l’assassinat d’un militant des droits de l’homme congolais touche à des points si sensibles que le réalisateur est actuellement interdit de séjour au Congo.

Venu présenter le film, il est arrêté en arrivant à Kinshasa, et la projection est interdite par les autorités. C’est à ce moment charnière de questionnement par rapport à son identité et à son parcours que fait irruption la caméra de José Luis Peñafuerte.

D’origine espagnole, ce diplômé de l’IAD et auteur des Chemins de la mémoire a été choisi pour réaliser un portrait de Thierry Michel et de son cinéma. Sans doute parce que les deux hommes ont ce point commun de réaliser des documentaires engagés? «Beaucoup d’autres cinéastes sont dans l’engagement, nous ne sommes pas les seuls, répond l’intéressé. Mais au-delà de ça, il y a peut-être aussi un lien entre nos deux cinémas dans la façon de décortiquer la mémoire, l’Histoire, pour en tirer des leçons».

« J’ai voulu capter l’essence de son cinéma »

Deux points de vue, deux générations, deux cinéastes qui se rencontrent pour un portrait de l’un par l’autre. Le résultat? Un documentaire fascinant dans lequel, en un peu plus d’une heure, Peñafuerte revient sur la carrière prolixe du cinéaste belge.

Partant du fameux Pays Noir de Charleroi qui fut le point de départ de sa filmographie, le film évoque ses documentaires majeurs, alternant entre images d’archives et témoignages de collaborateurs ainsi que de Thierry lui-même. Des Gosses de Rio à Mobutu, roi du Zaïre en passant par ses œuvres de fiction comme Issue de secours ou Hiver 60 sur la fameuse grève wallonne, c’est une occasion unique d’entendre l’homme parler de son parcours.

«Quand on travaille, on a l’habitude d’être derrière la caméra et de pas trop analyser ce qu’on fait, explique Peñafuerte. J’ai voulu capter l’essence de son cinéma, la transmettre, et montrer qu’il y a un processus, et que derrière chaque moment très complexe, tout se fait avec une grande humanité et un respect de ce qui est filmé. Rien n’est fait par hasard. C’était important de montrer ce point de vue documentaire de Thierry.»

Pour ceux qui connaissent l’œuvre de Thierry Michel comme pour ceux qui la découvrent, L’homme de sable et son incursion dans les coulisses de ces moments de cinéma donnent définitivement envie de se (re) plonger dedans.

Le film est projeté ce lundi au Plaza Art de Mons, et le 29 mai au cinéma Vendôme à Bruxelles.