Les Mutualités devraient être plus actives pour maîtriser les coûts, selon l’OCDE. «Exact mais on manque d’instruments», répond Jean Hermesse.

Jean hermesse vous êtes le secrétaire général des Mutualités chrétiennes. Les Mutualités jouent-elles un rôle trop passif en Belgique ?

Si on veut donner un rôle plus aux mutualités, il faut leur donner des instruments. Il faut faire un meilleur usage des données existantes pour contrôler les pratiques des médecins. Toutes les mutualités travaillent déjà à contrôler la réalité des prestations. Et on peut craindre qu’un pourcentage important de prestations facturées en tiers payant (donc directement du médecin à la caisse d’assurance-maladie sans passer par le patient) ne sont pas facturées.

Vous voulez dire que des médecins fraudent ?

Oui. C’est certain. Par exemple, des soins infirmiers facturés sept jours sept alors que l’infirmière ne passe jamais le dimanche. Ou des soins dentaires qui n’ont jamais été effectués. On craint que ce soit 2 % de l’ensemble des remboursements. Et 2 % de 25 milliards, c’est une somme. À côté des fraudes à la facturation, il y a les fraudes concernant la conformité à la législation. Par exemple, trois échographies sont remboursées sur une grossesse, pas les autres. Des centaines de prestations sont ainsi remboursées alors qu’elles ne devraient pas l’être. Le troisième contrôle, c’est celui du médecin conseil concernant l’opportunité médicale de tel médicament.

Comment détectez-vous ce type de situations ?

En croisant les données, on constate des situations aberrantes. Mais les procédures quand il y a des suspicions sont très lourdes et très longues. On doit collaborer avec l’INAMI et la coopération n’est pas optimale. Et les sanctions sont très faibles au bout du compte. Les mutualités ont trop peu d’instruments pour agir sur les exagérations des prestataires de soins. On finit par se décourager.

Mais vous êtes prêts à mener plus de contrôles ?

Évidemment, ces contrôles sont peu agréables. Mais ils sont importants pour la crédibilité du système. Nous demandons donc des instruments légaux pour lutter contre les dérapages. Nous proposons d’augmenter la transparence en informant le patient des prestations remboursées en son nom. Toutes les mutualités vont lancer une expérience pilote en envoyant un relevé à certains patients. Mais il faudra veiller à ce que les gens comprennent et réagissent.

L’OCDE imagine aussi que les Mutualités pourraient comparer les performances des prestataires pour à terme sélectionner les meilleurs rapports qualité/prix…

Il s’agirait de désigner les prestataires les plus efficaces comme aux États-Unis. Ce n’est pas dans notre culture. La Suisse et les Pays-Bas ont avancé là-dessus mais même l’OCDE ne sait pas si c’est efficace et demande une évaluation. ¦ C. Ern.