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Albert II ou la tentation de l’abdication

Albert II ou la tentation de l’abdication

La rumeur sur l’abdication d’Albert a commencé il y a… 20 ans.

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Et si la reine Beatrix avait donné des idées à notre roi Albert? L’hypothèse de l’abdication reste sur la table du palais.

 

Abdiquera ou pas? Au Palais, aujourd’hui comme hier, la réponse est aussi laconique qu’invariable « Nous répondons comme le Premier ministre : la question n’est pas à l’ordre du jour.»

Mais les rumeurs vont bon train. Et on s’étonne que le Palais, si l’abdication était totalement exclue avant les élections de 2014, ne fasse pas un communiqué pour le faire savoir.

1. Une rumeur aussi longue que le règne d’Albert «Cette hypothèse est récurrente. Elle a été formulée avant même qu’Albert ne soit roi, il y a 20 ans. En attendant la faculté d’abdiquer n’existe pas dans la Constitution. Cela désamorce déjà le débat», avance Jean Faniel, directeur du Crisp (Centre de recherche et d’information sociopolitiques).

2. Les négociations de 2014 pèsent lourd L’hypothèse que le roi Albert n’ait nulle envie de rejouer les portiers pour les formateurs et informateurs pendant 500 jours et à 80 ans est cependant sérieuse. «Les négociations après les élections de 2014 ne seront pas plus simples qu’en 2007 ou en 2010. Si la personne qui doit valider ce processus est fatiguée, on comprend bien qu’elle ait envie de passer le relais , explique Pierre Verjans, politologue à l’ULg. Ceci dit, je ne crois pas une abdication. Le roi sait désormais comment faire avec cette nouvelle génération de politiques. Il a l’expérience et la maturité pour trouver en 2014 une solution dans l’intérêt du pays.»

Jean Faniel, de son côté relativise la catastrophe : «il n’est pas avéré que la crise politique serait aussi longue en 2014. La capacité de nuisance de la N-VA est loin d’être avérée . Parailleurs, le rôledu roi n’est pas si épuisant que cela même si à son âge ce n’est pas rien. Je crois qu’on exagère cette tâche».

3. L’abdication n’est pas une tradition belge Seul Léopold III a abdiqué et en des circonstances très particulières. «Le départ naturel d’un roi en Belgique, c’est le décès, indique Jean Faniel. Mais le contexte est sans doute différent aujourd’hui.» Pierre Verjans enchaîne : « Les temps changent. Et puis, le roi Albert est très catholique et Benoît XVI vient peut-être de lui donner des idées».

4. Albert a-t-il le droit de se tirer sans prévenir? Autrement dit, Albert II peut-il abdiquer dans le dos d’Elio Di Rupo. Les avis sont partagés sur cette question. «La Constitution est muette sur cette option. Rien n’est prévu. Mais le roi, au sens constitutionnel du terme, est considéré comme inviolable et irresponsable. Tout ce qu’il fait ou dit doit être garanti et supervisé par le gouvernement, détaille Jean Faniel. Mais ici, c’est un cas de figure très particulier. Le roi ne peut pas démissionner sans le contreseing du gouvernement.»

Mais Jean Faniel s’interroge aussitôt : «comment obliger à régner quelqu’un contre son gré?» Pierre Verjans appuie : «Si le roi est franchement décidé à abdiquer, même contre le souhait du gouvernement, aucun politique ne pourra le retenir contre son gré. Un roi qui règne contre son gré, c’est inconcevable.»

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