« Chez nous, l’abdication est naturelle »

Carla Van Baalen, ce mardi est jour de fête pour tous les Néerlandais ?

La « journée de la reine » est fériée aux Pays-Bas, et cette année, elle a effectivement des allures de fête tout à fait particulière. Tous les Néerlandais la célébreront, j’en suis sûre !

Beatrix abdique, comme sa mère, Juliana, et sa grand-mère, Wilhelmine, avant elle. Cette attitude, moderne est exceptionnelle pour une famille régnante européenne…

Maintenant que vous me le faites remarquer, je m’en rends compte. Car chez nous, l’abdication d’un roi ou d’une reine est naturelle : le premier souverain à porter le titre de roi, Guillaume Ier, au début du XIXeme siècle, a lui-même abdiqué. Après lui, seuls Guillaume II et Guillaume III ont occupé le trône jusqu’à leur mort. Cette attitude est tout à fait moderne : Benoît XVI n’a-t-il pas renoncé à la papauté cette année ?

Beatrix prolonge donc la tradition…

Elle se retire à un âge où elle estime pouvoir passer le flambeau à son fils, qui, à 46 ans, est suffisamment formé pour lui succéder. D’autant que ses propres enfants ont suffisamment grandi.

Pour la première fois en 123 ans, les Néerlandais vont avoir un roi, non une reine, à la tête de l’État. Pour vous, professeur d’Histoire parlementaire à l’université de Nimègue, cela donne-t-il un cachet particulier à cette passation de pouvoir ?

C’est un grand changement, car aucun Néerlandais n’a vécu sous le règne de Guillaume III. Mais la question qui a surtout agité les Néerlandais a été de savoir si Maxima serait « reine » ou « princesse ». La tradition a prévalu : l’épouse du roi est reine ; l’époux de celle qui occupe la fonction royale est prince, afin de ne pas créer de confusion.

II n’a pas été question de modification de ses attributions, à l’occasion de son accession au trône ?

Non. Il a d’ailleurs dit lui-même que, même s’il accepterait le changement, il n’est pas favorable à une monarchie protocolaire. Le roi forme le pouvoir exécutif avec ses ministres, et, au moment de la formation d’un gouvernement, il a un rôle à jouer, bien que ce rôle ait été écorné en 2012. Traditionnellement, le souverain lit aussi le discours du trône, devant les États-généraux. Le texte est écrit par le Premier ministre, mais c’est une prérogative à laquelle il tient…

Il ne s’appellera pas Guillaume IV : une surprise ?

Des livres avaient déjà été publiés à son propos, où on le rebaptisait Guillaume IV. Mais il a expliqué avec humour, dans une récente interview télévisée, que seules les vaches de concours sont numérotées. D’ailleurs, on l’appelle plutôt « Alexander » ou « Alex » : il aurait été étonnant qu’il opte pour Guillaume IV.¦