« J’aurais bien voulu gagner chez moi »

Il y a 20 ans tout juste, fort de trois victoires d’affilée, Grégoire de Mevius arrivait en favori au Wallonie. Qu’il ne gagnera jamais…

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître… Quoique si. Car non seulement Grégoire de Mevius n’a pas arrêté sa carrière en 1993, loin s’en faut, mais son palmarès reste. Riche, notamment, de deux titres de champion du monde GrN (1991, 1992), d’un sacre de champion de Belgique 1992 et de beaucoup de victoires, tant en rallye qu’en rallye-raid. Jusqu’à un funeste accident au Dakar 2005 qui marqua sa fin de carrière. Que devient-il? Quel est son regard sur sa carrière et le rallye? Rencontre avec ce… quinquagénaire au moment où le championnat sillonne «ses» terres…

Grégoire en 1993, il y a 20 ans tout juste, vous gagnez successivement Spa, Ardennes et Hautes-Fagnes, mais pas le « Wallonie », 4e manche. Que vous n’avez finalement jamais gagné. Triste pour vous, le Rhisnois, pur régional de l’étape, non ?

Oui, et je le regrette en pensant que je suis originaire des lieux et que je ne figurerai jamais au palmarès, mais j’ai souvent eu des soucis. Comme en 1993 justement (électronique après une sortie en marche-arrière dans une allée privée dans l’ES de Marche-les-Dames…). Mais c’est aussi un rallye que je faisais moins vu mes programmes mixtes Mondial/Belgique. Et je dois avouer que le Wallonie – qui s’est bien maintenu, tant mieux – n’était pas facile à vendre à mes sponsors qui lui préféraient Spa, Ypres et le Condroz en Belgique.

En cause ?

Pas le parcours, magnifique, mais parce que les équipes et, donc les « Hospitality » des sponsors, étaient parquées sur un quasi terrain vague à nids de poule (devenu Acinapolis). Cela a changé quelque peu avec l’occupation de l’avenue Bovesse, mais les autres épreuves vivent au centre-ville. Qui sait/voit au cœur de Namur qu’un rallye s’y déroule ? Dommage…

Vingt ans, c’était hier ou dans une autre vie ?

Cela ne me semble pas si loin en fait. Certes, j’ai oublié quelques détails entre-temps, mais les souvenirs restent. J’ai adoré ces années-là, les bagarres avec Snijers (que j’admire d’être encore là à 54 ans), comme celles de raid, transition qui m’a permis de ne pas me lasser de ma 1re passion et de m’ouvrir à d’autres horizons et au magnifique désert. Magique.

Fier de votre carrière ?

Surtout content d’avoir pu assouvir ma passion durant autant d’années. Par contre, du circuit (dont sept fois les 24 H de Spa), je garde un souvenir mitigé, surtout en sprints. Elles rendent si agressif que je ne me reconnaissais pas ! Des tensions en piste qui contaminaient le paddock. Moi qui ai toujours envie que tout le monde autour de moi soit content, et qui culpabilise dans le cas contraire, merci… Je n’y ai jamais retrouvé l’ambiance « rallye ».

Puisqu’on parle du passé, raccrocher fut facile ?

Non, mais ce sont le destin et le corps qui l’ont décidé après mon 2e accident en rallye-raid (Dakar 2005), discipline fantastique, mais dangereuse. Pendant quelques années, je l’avoue, ce fut dur. Il y eut bien la création d’Overdrive (Ndlr : team de rallye-raid, fondé en 2006 avec son ancien copilote, Jean-Marc Fortin, toujours aux commandes), mais ce fut vite… l’overdose. Présences aux courses et à l’atelier : j’ai saturé. Aujourd’hui, avec quelques rallyes historiques par an – sur terre, quel régal. C’est cette sensation de glisse qui me fait encore vibrer ; 180km/h sur asphalte fut-il sec, ne m’amuserait plus –, et certains déplacements en spéciales pour voir Ghislain (en R2) et Guillaume (en R1), j’ai trouvé mon équilibre.

Une fierté de voir vos fils faire du rallye ?

Disons plutôt que c’est agréable de partager la même passion. Mais ça ne va pas sans certaines émotions. Quand tout va bien c’est super, mais c’est aussi parfois gros stress en cas de sortie de route…

C’est quoi votre quotidien aujourd’hui ?

Il est très varié. Des problématiques m’interpellent comme celle des éoliennes. Je suis aussi très excité par un projet de karting indoor (à Wavre près de Walibi) mené avec mon fils Ghislain (par ailleurs également rallyman, voir ci-contre) ou le soutien que j’apporte à ma fille, passionnée de « Pat Parelli », une méthode douce d’équitation et dressage… L’implication familiale dans Inbev ? Sinon deux réunions par an entre « familles historiques » du groupe, je ne suis pas trop impliqué. La société a grandi, s’est internationalisée et les responsabilités sont occupées par la crème de la crème dans chaque domaine. À chacun sa place…¦

Nos dernières videos