MAGASINS DU FUTUR

Les courses de Jean-Louis Close: baptiseur de fromages

Les courses de Jean-Louis Close: baptiseur de fromages

« Le marché, c’est avant tout l’alimentaire »

ÉdA – 201606077464

L’ancien bourgmestre de Namur a fait du marché de Namur son pèlerinage gourmand du week-end. Rituel épicurien.

Samedi, presque midi. Jean-Louis Close a quitté Wépion pour rejoindre la ville qu’il a dirigée pendant 18 ans. Objet de la mission : remplir le panier de la ménagère. Accompagné par madame, le gourmand et gourmet combine flânerie et achats pour quelques moments précieux de convivialité autour de l’assiette. «Nous venons tard au marché : pas profiter des soldes ou des rabais (rires), mais parce qu’il y a moins de monde.» Le point stratégique est celui de la place du Palais de Justice. «Le marché, c’est avant tout l’alimentaire. Parfois quelques fleurs ou légumes à repiquer, ou une paire de chaussures pour madame. Mais ce n’est pas ici que je viens pour m’acheter un costume.» L’alimentaire. Les bons produits. Avec quelques haltes habituelles : comme chez ce fromager de Waremme, avec lequel Jean-Louis Close a une histoire particulière : «Il m’avait fait goûter un vieux gouda magnifique, idéal à déguster à l’apéro. Je lui avais chuchoté un nom : le Vieux Lizin.» L’appellation est restée. Anne-Marie l’ignore sans doute. C’est du corsé, quoi qu’il en soit. À ce fromager, Jean-Louis a promis une bouteille de bon rouge pour le printemps. Venir tard devant les étals, c’est aussi profiter de l’heure de l’apéro.

«C’est cela le marché. C’est le contact direct. C’est au légumier que tu peux dire que la botte vendue la semaine précédente était de moins bonne qualité. Il t’en remet une sans rechigner.»

Le menu n’est pas défini d’avance quand on arrive en ville. «Le marché, c’est aussi la flânerie. On regarde les produits arrivés. On sait juste qu’on a envie de faire une soupe. Ou du poisson, en papillotes au barbecue. C’est délicieux. Et puis l’on voit des asperges. On change de plan.» Jean-Louis Close n’a qu’un mot d’ordre : suivre le rythme des saisons et les produits qui y sont liés. «Les fraises sont déjà arrivées sur le marché, mais j’attendrai juillet. Allez, je m’offre juste un petit plaisir en ce moment : un poivron de temps en temps.»

Derrière le plaisir de l’achat face au producteur, en dialogue avec l’artisan, c’est aussi un geste «politique» que l’homme pose. «Il faut absolument défendre les indépendants. Ces gens qui font les marchés sont des travailleurs courageux, qui se lèvent tôt, qui bossent beaucoup, qui assurent la qualité.» La donne n’est pas limitée au marché. «Le boulanger de la rue de la Monnaie, le boucher Roland, à Jambes («même si je mange moins de viande aujourd’hui»)… La Maison Saint-Aubain, où je profite exclusivement des fromages. La Petite Ferme à Erpent, mais pas avec la même bourse.»

Jean-Louis Close, son panier de la ménagère bien rempli, plaide pour cela : une réflexion sur le futur des commerçants indépendants. Il y a péril, dit-il. Un prochain samedi, sur le temps de midi, un verre de rouge à la main et quelques dés de Vieux Lizin à portée de bouche, il invitera peut-être au débat.


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