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En passant par Saint-Idesbald

Chacune des nouvelles du recueil de Jean Jauniaux, «L’année dernière à Saint-Idesbald», se raccroche peu ou prou à la petite cité balnéaire.

Après un roman, Les mots de Maud, et deux recueils de nouvelles, Le Pavillon des douanes etLes maraudeurs de l’obscur (1), l’ancien réalisateur de la RTBF qui, sous le nom d’Edmond Morel, anime le site littéraire www.espace-livres.be, prouve une fois de plus, dans L’année dernière à Saint-Idesbald, qu’il est porteur d’un imaginaire riche. Chacune des quinze histoires composant ce volume, dont certaines ont été publiées dans la revue Marginales (lire ci-contre), passe par la petite cité balnéaire célèbre pour son musée Delvaux. C’est d’ailleurs dans une maisonnette face à la mer où il a pris sa retraite qu’un écrivain reçoit une lettre du roi qui, pour sortir de la crise dans laquelle le pays s’est «englué», s’est résolu à faire appel à un «raconteur d’histoires».

Et c’est sous la stèle s’élevant non loin que le narrateur d’un des textes, un enfant orphelin de mère, enfouit le bulldozer miniature offert par son père, lui-même conducteur de ce type d’engins. Un autre petit garçon se perd au Salon de l’auto de 1958, est attiré par le Royal Cinéma où son père lui interdit de se rendre ou assiste au passage du Tour de France à Ecaussinnes, village hennuyer où est effectivement né l’auteur en 1954.

«À la mort de ma mère en 1958, raconte-t-il, mon père, professeur dans le secondaire, s’est retrouvé avec trois enfants de 5, 3 et 1 ans et avec une maison à Saint-Idesbald à moitié terminée qu’il avait achetée pour sa femme. Si aucun des textes n’est totalement autobiographique, on retrouve néanmoins par petites touches des éléments réels : la relation d’un enfant avec un père seul qui, en plus, ne parle jamais de la mère, le fait que cet homme se réfugie dans les livres, proscrivant toute bande dessinée. Sauf Tintin dont nous recevions chaque année le nouvel album lorsque mon père, sur la route Saint-Idesbald, passait prendre des livres dans une librairie de Dunkerque.»

Dans plusieurs histoires, Jean Jauniaux transforme aussi des déclassés sociaux en héros littéraires : un SDF réfugie dans une bibliothèque publique crée un blog où il raconte son quotidien, un vagabond peint sur les trottoirs pour le plaisir mais aussi, espère-t-il, pour voir quelques pièces tomber dans son gobelet, un technicien de surface découvre les mémoires de Polanski sur un siège d’aéroport, un accompagnateur de voyages devenu SDF écrit un guide des grands hôtels vu des toilettes et des séminaires, etc.«Je ne parviens pas à comprendre le moment du basculement et je suis pris de vertige à la pensée que le clochard se voit tomber vers le point de non-retour», commente l’écrivain membre d’un groupe qui distribue des repas chauds aux plus démunis. C’est là qu’il a croisé la route du SDF blogueur dont il aujourd’hui perdu sa trace.

(1) Chez Luce Wilquin Jean Jauniaux, «L’année à Saint-Idesbald», Avant-Propos, 175 p., 17,95 €.