TRANSPORT FLUVIAL

Les bateliers boivent la tasse

Les bateliers boivent la tasse

Tenir la barre d’un bateau marchandise est loin d’être un long fleuve tranquille…

heymans

En manifestant hier à Bruxelles, les bateliers belges et européens ont crié leur désarroi. Grégory Ianick est lui aussi au bord du gouffre.

Hier, devant le parlement européen, 300 bateliers de Belgique, de France et des Pays-Bas ont bruyamment dénoncé la situation «catastrophique » du secteur du transport fluvial européen. Parmi ceux qui brandissaient les calicots, Grégory Ianick, 36 ans de Thuin. Depuis ses 19 ans, il est batelier pour son propre compte. «Une vocation transmise par mon beau-père». Aujourd’hui, il est à la barre de Cupidon de 2 300 tonnes, parmi les plus imposants bateaux en Belgique et est spécialisé dans le transport international. Depuis 2009, la situation s’est dégradée. «Lourdement dégradée, précise-t-il. J’ai perdu 40 % de mon chiffre d’affaires ». La faute à la crise uniquement? «Non, elle a empiré une situation déjà critique ».

Car le prix du transport fluvial a chuté. «On est revenu aux prix appliqués dans les années 1980, mais le gasoil, lui, a flambé ».

Quant aux normes techniques exigées pour les bateaux, elles se multiplient, obligeant les bateliers d’anciens navires à se saigner aux quatre veines… «On ne gagne plus assez pour assurer une remise aux normes qui peut coûte jusqu’à 300 000 €. Et les banques sont de plus en plus difficiles à convaincre ». Les bateliers n’ont souvent pas d’autres choix que de vendre. Les faillites se suivent…

Sept jours sur sept

Conséquence sur le terrain : Grégory doit bosser deux fois plus pour tenir le cap et n’a jamais eu tant de mal à rembourser son prêt, qui est pourtant dégressif… « Je suis obligé de travailler sept jours sur sept, plus de 14h par jour. Voilà 7 semaines que je n’ai plus mis le pied chez moi. La vie de famille est compliquée dans ces conditions. Peu de bateliers conseillent d’ailleurs à leurs enfants de prendre la même voie. La plupart des mariniers, même les anciens, naviguent pour survivre, manger, rien de plus. On est tous au bord du gouffre. Le secteur se meurt.»

Pour Grégory, la passion est désormais passée au second plan dans son travail. «Avant, j’avais la gnac. Aujourd’hui, je suis fatigué. Travailler dans ces conditions ne m’apporte plus de plaisir ». Il pense même à se recycler. « Mais dans quoi? Je n’ai fait que ça pendant 20 ans…»