Michel-Ange contre la mafia

Ce dessin de Michel-Ange va être exposé dans une école. Avec l’espoir que la beauté engendre l’éthique.

ANSA

La mafia va-t-elle reculer devant l’art? C’est en tout cas ce que pensent les responsbales d’un projet original à Casavatore (Naples).

Pour « réveiller les consciences dans des territoires dégradés par la mafia», l’un des plus beaux dessins de Michel-Ange (1475-1564) sera exposé dans une école près de Naples, une première, selon les organisateurs du projet.

La Leda sera montrée aux élèves et leurs familles dans le gymnase du collège Matilde Serao à Casavatore, du 24 avril jusqu’au 2 juin, afin d’y «apporter la culture, la créativité et surtout la beauté», ont précisé lundi à Rome des responsables de la mairie de Casavatore et de deux organisations culturelles et civiques, à l’origine de l’initiative.

«Pour lutter contre la criminalité organisée, le travail de la police est indispensable, mais pas suffisant : pour vaincre cette bataille, il est nécessaire de réveiller les consciences», a expliqué la ministre de l’Intérieur Anna Maria Cancellieri, dont les services soutiennent le projet.

Le dessin, qui représente la tête d’une ou d’un inconnu penché de profil, est considéré comme l’un des plus importants de l’artiste. «Ce dessin n’est pas seulement beau : il a été dessiné alors que Michel-Ange luttait pour la liberté et la justice», a souligné Pina Ragionieri, directrice de la Fondation Maison Buonarroti, qui prête l’œuvre à l’école.

« La beauté engendre l’éthique »

Ces dernières années, Casavatore – qui se trouve au nord de Naples – a été le théâtre de plusieurs homicides et activités délictueuses menées par la camorra, la mafia napolitaine, dont même Salvatore Sannino, le maire de la ville, a été victime. «J’ai failli être tué par la camorra, les traces des projectiles sur mes jambes en témoignent», a-t-il raconté.

La ministre Cancellieri a prédit une «Renaissance culturelle grâce à ce type de projets. Les œuvres des grands artistes ont la capacité de transmettre des émotions, surtout aux plus jeunes», a-t-elle assuré.

Même enthousiasme de la part de Geppino Fiorenza, un responsable de l’association Libera, spécialisée dans la lutte anti-mafia depuis 1995 : «la population de Casavatore va enfin se sentir responsable du patrimoine italien». Selon lui, «la beauté engendre l’éthique qui est indispensable pour combattre la mafia».

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