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France: l’ex-ministre Cahuzac mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale

L’ancien ministre français du Budget, Jérôme Cahuzac, a été mis en examen mardi pour blanchiment de fraude fiscale par les juges devant lesquels il a reconnu avoir détenu un compte à l’étranger.

Jérôme Cahuzac, qui avait toujours affirmé être innocent, a démissionné de son poste le 19 mars dernier, après que le parquet a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour blanchiment de fraude fiscale.

Ce chirurgien, âgé de 60 ans, qui a fait fortune dans les implants capillaires, a toujours nié avoir détenu un compte en Suisse. Selon Mediapart, qui a révélé l’affaire, le compte détenu par Cahuzac chez l’Union des banques suisses (UBS) aurait été clôturé en 2010 et les avoirs auraient été transférés, via des montages complexes, à Singapour.

Sa position était devenue d’autant plus intenable qu’il était chargé de lutter contre la fraude fiscale et d’imposer une cure d’austérité sans précédent aux Français, et qu’il avait créé la tranche à 45% et tenté de taxer à 75% les revenus supérieurs à 1 million d’euros.

Sur son site, il reconnaît une "faute inqualifiable" et il se dit "dévasté par le remords". 

Faute morale impardonnable

Son aveu entache sérieusement l'image de la "République exemplaire" revendiquée par François Hollande lors de son élection, il y a dix mois.

 Le président François Hollande a dénoncé une "faute morale impardonnable".
"En niant l'existence de ce compte devant les plus hautes autorités du pays ainsi que devant la représentation nationale, il a commis une impardonnable faute morale", a déclaré la présidence française dans un communiqué.

De la gauche au pouvoir à l'opposition de droite, les critiques ont aussitôt fusé contre le menteur qui avait clamé son innocence en direct à la télévision et jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

"Les bras m'en tombent, je n'ai pas de mots", a commenté le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. "Je ne pensais pas qu'on en était là", a-t-il ajouté.

"J'ai du mal à imaginer que Hollande et (le Premier ministre Jean-Marc) Ayrault n'aient pas été au courant", a lancé Christian Jacob, chef de file de l'UMP (opposition) à l'Assemblée nationale.

"Où s'arrête la chaîne du mensonge"

"Cahuzac a menti", mais "depuis quand le président de la République le sait ?", a aussi demandé la députée UMP Valérie Debord.

Une attitude partagée par le tribun de la gauche radicale, Jean-Luc Mélenchon: "Où s'arrête la chaîne du mensonge ? Qui savait et n'a rien dit ?", a-t-il ajouté, tandis que ses alliés du parti communiste évoquaient un "scandale d'Etat" et une "bombe politique".
"dégâts dévastateurs"

"Ce mensonge signe définitivement la fin de la gauche morale et donneuse de leçons", a jugé pour sa part le président de l'UMP, Jean-François Copé. Selon lui "le président de la République doit prendre ses responsabilités face à ce mensonge d'Etat et s'en expliquer lui-même devant les Français".

Pour le centriste François Bayrou, le scandale n'éclabousse pas que la gauche au pouvoir. Il a dit craindre "des dégâts dévastateurs pour le monde politique français" dans son ensemble.
 

Par lettre du 26 mars 2013, j’ai demandé à Messieurs les juges d’instruction Roger Le Loire et Renaud Van Ruymbeke de bien vouloir me recevoir afin que, délivré des obligations de ma fonction, je puisse enfin donner les explications qui s’imposent au regard de la détention à l’étranger d’un compte bancaire dont je suis le bénéficiaire depuis une vingtaine d’années.

J’ai rencontré les deux juges aujourd’hui. Je leur ai confirmé l’existence de ce compte et je les ai informés de ce que j’avais d’ores et déjà donné les instructions nécessaires pour que l’intégralité des actifs déposés sur ce compte, qui n’a pas été abondé depuis une douzaine d’années, soit environ 600.000 €, soient rapatriés sur mon compte bancaire à Paris.

A Monsieur le Président de la République, au Premier Ministre, à mes anciens collègues du gouvernement, je demande pardon du dommage que je leur ai causé. A mes collègues parlementaires, à mes électeurs, aux Françaises et aux Français j’exprime mes sincères et plus profonds regrets. Je pense aussi à mes collaborateurs, à mes amis et à ma famille que j’ai tant déçus.

J’ai mené une lutte intérieure taraudante pour tenter de résoudre le conflit entre le devoir de vérité auquel j’ai manqué et le souci de remplir les missions qui m’ont été confiées et notamment la dernière que je n’ai pu mener à bien. J’ai été pris dans une spirale du mensonge et m’y suis fourvoyé. Je suis dévasté par le remords.

Penser que je pourrais éviter d’affronter un passé que je voulais considérer comme révolu était une faute inqualifiable. J’affronterai désormais cette réalité en toute transparence.

A l'époque, il niait avoir eu ou avoir un compte à l'étranger.

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