Chanson

Carla Bruni, entre son pingouin et son Raymond

L’ex-première dame publie son quatrième album, «Little French Songs». Un retour au succès des origines, entouré de polémiques.

 

N’en déplaise à pas mal de gens, Carla Bruni remet ses habits de chanteuse pour un nouvel album intitulé Little French Songs. Un disque de onze nouveaux titres, qui se partage entre chanson et folk, comme à ses débuts en 2002 avec Quelqu’un m’a dit. Cela parle du temps qui passe (très joli et dépouillé J’arrive à toi en intro, La valse posthume), d’amour (Mon Raymond, Darling) et de chanson française (Little French Songs, dans laquelle elle évoque Brassens, Brel, Ferrat et Ferré, mais aussi Cloclo, Johnny, Bécaud ou Nougaro).

Mais c’est surtout pour une chanson que l’album de Carla Bruni est abondamment commenté pour le moment dans les médias français : Le pingouin. Certains voient dans cette comptine qui clôture le disque une allusion à peine voilée au président François Hollande : «T’as l’air inquiet le pingouin, t’as mis ta tête de mocassin; T’es démasqué le pingouin, t’es bien puni, t’es mis au coin coin; C’est mérité le pingouin, t’avais qu’à pas être si vilain; Je ne l’aime pas ce pingouin, m’a l’air sournois, m’a l’air radin…»

À chacun de se faire son opinion (NDLR : vise-t-elle plutôt un journaliste?), mais Carla Bruni dément formellement avoir voulu «se payer» celui qui a battu son Nicolas à la présidentielle en chanson. « Le pingouin n’a pas de visage, affirme-t-elle dans Le Figaro. C’est une réponse à chaque agression à laquelle je n’ai pas su répondre. C’est une métaphore, je ne cible pas une personne, mais 1.000 personnes, qui peuvent être désagréables dans plein de situations. J’ai été stupéfaite par les interprétations.» Stupéfaite sans doute. Et un brin (volontairement?) naïve sûrement.

Autre chanson qui évoque un président, mais qui est cette fois complètement assumée : Mon Raymond. Carla Bruni n’a aucune peine à admettre que le Raymond en question, c’est Nicolas Sarkozy. «Mon Raymond il a tout bon, c’est d’la valeur authentique. Pour franchir le Rubicon, on n’peut pas dire qu’il hésite. […] C’est qu’il sait causer Raymond, il manie la dialectique. Quoi qu’en disent les bouffons, Raymond c’est d’la dynamite, oui Raymond c’est d’la dynamite.» Une preuve d’amour et une tradition pour celle qui avait chanté son précédent mari, Raphaël, sur son premier album.

Mais ce mélange des genres entre chanson, politique et statut d’ex-Première dame met mal à l’aise la presse française. Le magazine Télérama a ainsi décidé de ne pas publier de critique du disque, mais bien un portrait de Carla Bruni. «On ne peut pas critiquer le disque de Carla Bruni comme si c’était un disque ordinaire, on est tous piégés par le contexte. Elle-même se met dans une position ambiguë, donc elle nous met dans une position ambiguë», explique la journaliste Valérie Lehoux.

De leur côté, les journalistes du Figaro et du Parisien confirment la double lecture que l’on peut faire de certains morceaux, et sont conscients que cela va influencer la réception par le public.

Mélodies légères et textes bobos

En attendant, Carla Bruni tente de séduire les radios avec son premier single intitulé Chez Keith et Anita. Une chanson qui parle du couple formé durant les années 70 par Anita Pallenberg et Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones. Un texte où elle fait rimer hôtel, Sofitel (toute allusion à DSK est évidemment fortuite) et Bruxelles avec des cuivres qui donnent au morceau une ambiance latino.

Rien de surprenant, finalement. Carla Bruni retrouve ses racines et l’inspiration qui l’a guidée pour son premier album : des mélodies légères à la guitare, une voix un brin plus grave et des textes parfois bobos… On y trouve aussi une reprise de Douce France de Trenet en italien (loin de la version provocatrice des années 80 de Carte de Séjour) et une valse de Chopin (La Valse Posthume) qui rappelle Brel. Le tout est réalisé par Bénédicte Schmitt (Labomatic Studios) avec la collaboration du violoncelliste Vincent Segal, des guitaristes Sébastien Martel, Freddy Koella et Taofik Farah.

Arrivera-t-elle à séduire 2 millions d’acheteurs? Rien n’est moins sûr, car on l’écoute différemment aujourd’hui.

+ Carla Bruni, «Little French Songs», Universal.


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