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Le français se porte bien, merci !

Moribonde la langue française? Et que non! Et ce sont des Canadiens qui l’affirment. À travers une étonnante histoire de la langue qui sort en poche.

À l’heure où l’anglais semble bien devoir s’imposer partout, le français serait-il condamné à jouer les seconds couteaux? Pas si vite affirment le journaliste canadien (francophone) Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, tout aussi Canadienne mais anglophone. Dans Le français, quelle histoire! paru voici quelques années et qui reparaît «relifté» en poche, ils retracent à travers les siècles l’histoire de cette langue devenue celle de la France mais aussi de nombreux autres pays… «On se pose beaucoup, nous confie Jean-Benoît Nadeau, la question de la mondialisation culturelle qu’imposerait l’anglais. Ce que je constate, c’est qu’elle concerne aussi le français. Il existe une réalité francophone mondiale et le nombre de francophones a doublé en 60 ans. Entre autres parce que dans de nombreux pays on parle français même si ce n’est pas la langue maternelle de la population. C’est une grande langue secondaire.»

Car, pour les auteurs, il ne faut pas confondre. «D’accord pour qu’on protège la culture française mais il ne faut pas raisonner uniquement en village d’Astérix.» Pour preuve de cette mondialisation de la langue française, Jean-Benoît Nadeau évoque, par exemple, les grands prix littéraires. «En 25 ans, un Goncourt sur cinq est allé à des francophones non natifs de France! À l’Académie française, cinq membres ne sont pas Français. Si on regarde les autres langues on ne trouve pas ce profil de langue secondaire.»

Des anglophones coupés du monde

Et c’est là que revient l’anglais et son profil international. «Il y a très peu de non-anglophones qui écrivent en anglais et c’est logique. Le français par ses règles est une langue difficile. Mais à partir du moment où on les connaît, elles sont claires. L’anglais c’est le contraire.»

Le français et la littérature française sont donc avant tout… francophones. «Je pense qu’un des traits important de cette langue c’est qu’elle est minoritaire partout sauf… en France. Les francophones tiennent à leur langue de manière identitaire.»

Et les «petits Belges francophones» dans tout ça? «Je constate que le cas des Belges comme celui des Québécois est particulier. Pour les Français, nous sommes perçus comme des éléments périphériques d’un centre qui est la France.»

Pour autant, le français devrait s’inspirer de l’anglais, ne serait-ce que pour s’adapter et évoluer. «Justement, en Belgique ou au Québec, nous montrons déjà une autre souplesse, entre autres pour la féminisation des noms, par exemple. La culture de la langue, en France, est très châtiée, très puriste. Dans les années 60, on se demandait si on pouvait faire du rock en français! Bien sûr, si la musique est bonne, la langue s’adapte. Il faut qu’on se libère d’un certain carcan, le français en tant que langue le permet, sans limites. Les Espagnols sont nettement plus loin en ce domaine et au plan international.»

Alors «sus» à l’anglais? «Je ne suis pas contre l’anglais. Et si le triomphalisme linguistique est de bonne guerre, ce n’est pas toujours sur le moyen et le long terme. Les anglophones sont déjà partiellement coupés du monde. En Grande-Bretagne et aux États-Unis, les grandes entreprises connaissent des problèmes de recrutement et engagent de plus en plus d’étrangers qui parlent aussi une autre langue que l’anglais… Vous savez, la meilleure langue pour faire du commerce, c’est celle du client!»

Jean-Benoît Nadeau et Julie Barlow, «Le français, quelle histoire!», Le livre de poche, 552 p.

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