SANTE

Cinq fois plus de médecins roumains

Cinq fois plus de médecins roumains

Il y a de plus en plus de médecins étrangers en Belgique. Les étudiants en médecine s’inquiètent.

BELGA/AFP

En 4 ans, le nombre de médecins étrangers a augmenté de 50 %. Selon les étudiants, ils coûtent moins chers aux hôpitaux.

Les chiffres fournis ce lundi par la ministre des Affaires sociales et de la Santé Laurette Onkelinx étonnent à peine. Entre 2007 et fin 2010, le nombre de médecins de nationalité étrangère a augmenté de 50 %, passant de 2 401 à 3 652. Quant au nombre d’infirmiers(-ères) étrangers, il est passé de 1 633 à 2 959 (+81 %). Huit pour cent des médecins travaillant en Belgique étaient de nationalité étrangère en 2011 contre 4,7 % en 2007.

Le nombre de médecins français a augmenté de 42 % durant cette période, le nombre de néerlandais de 31 %. Les médecins roumains sont cinq fois plus nombreux : on en comptait 120 en 2007 et 665 en 2011. Le nombre de Grecs connaît également une augmentation importante : 95 en 2007 et 204 en 2011.

La situation est comparable au sein du personnel infirmier. Le nombre de Français y a crû de 40 %, les Néerlandais de 26 %. Il y a également de plus en plus d’infirmiers congolais (cinq fois plus), libanais et polonais.

Cet afflux plus grand de médecins étrangers – alors que par ailleurs la Belgique maintient un système controversé de contingentement des étudiants en médecine – entraîne un exode important de médecins belges à l’étranger. «La plupart part vers la France », note Amandine Henry, coprésidente du CIUM (Comité interuniversitaire des étudiants en médecine). Mais là n’est pas vraiment le problème. Après tout, la libre circulation des travailleurs au sein de la Communauté européenne est un principe qui n’est remis en cause par personne.

Par contre, ce qui dérange les étudiants en médecine, c’est que l’engagement par les hôpitaux ne se fait pas sur base de la compétence, mais bien du salaire. Sans doute pas pour les médecins français ou néerlandais. Mais peut-être bien pour les Roumains ou les Grecs. «Les médecins roumains acceptent des salaires plus bas. C’est donc un gain pour les universités, avance Amandine Henry. Mais je ne suis pas sûre qu’il aura les mêmes compétences. Et puis, bien souvent, il ne parlera pas la langue, que ce soit le néerlandais ou le français. Ce qui peut être une source d’erreur médicale non négligeable. »

Le CIUM espère enfin que ces chiffres inciteront la ministre à dresser un cadastre des postes à pourvoir et à revoir le contingentement imposé aux étudiants belges.

Cadastre OK,mais pas lié à l’INAMI

Du côté du cabinet de la ministre, on réplique qu’un cadastre existe bel et bien depuis deux ans maintenant. Il doit cependant encore être complété par quelques professions et – surtout – être relié aux données de l’INAMI. Ce qui permettrait de remplacer le simple numerus clausus par une planification concrète. La ministre Onkelinx a précisé la semaine dernière qu’elle allait prendre une mesure pour que ce croisement de données soit prochainement effectif.

Pour ce qui est de la question des économies – réelles ou supposées – réalisées par les hôpitaux en engageant des médecins étrangers, l’administration note qu’elle ne dispose pas d’études à ce sujet.

Par contre, en ce qui concerne les compétences des médecins engagés, Annaik De Voghel, la porte-parole de la ministre Onkelinx réfute les propos de la vice-présidente du CIUM. «C’est le SPF Santé publique qui est chargé de vérifier les compétences, via l’application de la directive 2005/36 du Parlement européen. Il n’y a pas de problème de ce côté-là. »

Enfin, en matière de contingentement des étudiants en médecine, la porte-parole affirme que l’objectif de la ministre «est de mieux prendre en compte la situation, surtout pour les médecins généralistes. La commission de planification de l’offre médicale travaille actuellement sur le sujet. »