L’homme qui veillait sur 22 000 tombes

L’homme qui veillait sur 22 000 tombes

Didier Pontzeele veut garder une unité dans ses cimetières. Il est d’ailleurs interdit de planter des fleurs, de coller des photos, etc.

ÉdA – Caroline Fixelles

Didier Pontzeele prend soin de 22 000 tombes militaires en Belgique. Un travail de titan. D’autant plus que l’argent manque cruellement.

Sous son manteau brun, bien couvert pour affronter le froid hivernal, Didier Pontzeele circule au milieu des allées du cimetière militaire de La Panne.

Plaques décollées, stèles abîmées, chaque année, ce militaire sous-officier parcourt 45 000 kilomètres afin de contrôler l’entretien des 21 cimetières militaires belges et d’environ 22 000 tombes, essentiellement issues de la première guerre mondiale.

«J’essaie de préserver la mémoire de nos militaires et que cette mémoire soit la plus propre possible», explique l’homme de 46 ans, responsable du service des sépultures de guerre de l’Institut des vétérans depuis 2008.

Né d’un père militaire prisonnier à Nuremberg en 40-45, la carrière de ce passionné d’histoire semblait vouée à l’armée. « Je fais ce travail car j’ai en moi un devoir de mémoire envers ces soldats qui sont morts pour la patrie. Ce sont mes gars qui sont enterrés là.» Soldats inconnus, belges, anglais, russes ou français, Didier Pontzeele ne fait pas de différence.

1 100 km pour une tombe

Dès janvier, il sillonne les routes belges avec son collègue à bord de son véhicule militaire. Au total, quatre visites annuelles sont prévues dans chaque cimetière. Craquelures sur les tombes, état des plaques, Didier Pontzeele passe chaque stèle au peigne fin.

Si l’entretien des cimetières est confié à des firmes privées et les réparations à charge des responsables régionaux (lire encadré Qui fait quoi?), Didier Pontzeele se munit toujours d’un tube de colle pour procéder aux petites réparations. «Des milliers de stèles doivent être remplacées. Mais nous n’avons par l’argent. Cela coûte 3 000 € par tombe. Nous devons donc opérer par degré de gravité. »

Une fois par an, le militaire se rend également en France pour contrôler les 4 000 tombes belges. «L’une d’entre elles se trouve au pied des Pyrénées. Nous traversons tout le pays pour la visiter.» Chaque année, la Belgique verse d’ailleurs 55 000 € à la France pour qu’elle entretienne ces tombes.

Déterrer les dépouilles

Didier Pontzeele s’occupe aussi des dépouilles. «Six à huit fois par an, un corps de militaire est découvert. Je le transporte dans un bodybag jusqu’à la morgue à Houthulst où je l’inspecte afin de déterminer sa nationalité, à l’aide d’un bout d’uniforme par exemple. Je prends alors contact avec les autorités du pays concerné.» Un véritable travail d’enquête qui, 2 fois sur 10, n’aboutit pas. Le militaire est alors reconnu par la loi comme un soldat belge inconnu .