Zoom sur Rachid Taha, Elvis Presley et Oum Kalsoum

Rachid Taha, l’ex-Carte de séjour, sort son neuvième album, intitulé «Zoom». Toujours aussi métissé. Toujours aussi engagé.

On avait laissé Rachid Taha au début de la cinquantaine avec son message de tolérance et de fraternité véhiculé sur l’album Bonjour. Quatre ans plus tard, on le retrouve pour un neuvième album studio intitulé Zoom sur lequel il poursuit son chemin de franc-tireur, d’homme libre qui pourfend le racisme et la xénophobie (Voilà, voilà), rend hommage à ses racines croisées raï (Zoom sur Oum) et rock (Now or never, reprise d’Elvis Presley), dénonce le mariage forcé (Jamila) et règle quelques comptes personnels (Algerian Tango). Un album marqué par la traversée d’une crise personnelle (lire ci-dessous) et sa rupture avec Universal.

Y a-t-il eu un fil rouge qui a guidé la conception de ce neuvième album ?

Je voulais que cela soit un peu grunge ! J’ai écouté beaucoup Kurt Cobain à un moment, dans ma solitude, ainsi qu’Elvis et John Lennon… J’ai trouvé que, chacun à leur manière, ils se ressemblaient. Ils sont tous de la même famille. Du rock. Et de l’honnêteté.

Ce sont des gars qui manquent…

Ah ben ouais… Je ne vais pas dire qu’on a que des cons, mais… Ils sont tous morts assez jeunes. Ce sont des gens qui ont brûlé leur vie, chacun à leur manière. Mais ce sont aussi des gens qui te font du bien, car tu te rends compte que la douleur, c’est pour tout le monde…

Vous brûlez aussi la vie, non ?

Moins qu’eux ! Beaucoup moins qu’eux… Je suis plus trouillard. Je ne suis pas si intrépide que ça. C’est peut-être dû au fait d’avoir eu un enfant très tôt. Quand je sors, j’aime bien m’amuser, boire un verre, mais quand je suis chez moi, c’est autre chose. Mais les gens généralisent… Moi, je les emmerde ! Je fais ce que je veux. Ce qui importe, c’est que je sois encore là…

Qu’est-ce qui vous a permis de sortir de cette crise traversée avant la confection de l’album ?

J’avais un ami croate qui vivait chez moi et qui faisait des tableaux… Et moi, j’avais commencé un peu plus tôt lorsque je me suis retrouvé dans une maison pour me reposer.

Et donc j’ai continué. Pour l’instant, je suis en train de faire un livre là-dessus, avec les photos de mes toiles. Au lieu de prendre du Xanax et des conneries comme ça, j’ai fait de la peinture.

Vous parliez d’Elvis auparavant. Le premier single de l’album, c’est une version orientale de « Now or Never… »

Oui, c’est Elvis, mais la version originale, c’est O sole mio, en italien. Cela me permet de faire le lien entre le rock, l’orient, la Méditerranée… Ça faisait longtemps que je voulais la reprendre. C’est venu lors d’un bœuf avec des potes. J’adore cette chanson. Elvis en a vendu 26 millions d’exemplaires !

Vous avez grandi avec lui…

Tout à fait. Quand j’étais enfant en Algérie, j’avais trois sortes de cinéma : Bollywood, les westerns et les films d’Elvis !

C’est quoi son meilleur film ?

Pfffff… J’en sais rien… J’aime bien celui où il est à Hawaii (NDLR : Blue Hawaii)… Mais je retiens plus ses chansons. C’était vraiment un enfoiré de chanteur ! Quand j’en parle avec Brian Eno, Robert Plant ou Mick Jones, ils me disent tous que quand ils l’ont rencontré, ils ont rencontré Dieu…¦

Rachid Taha, «Zoom», Naïve/Pias. En concert le 3 mai au Botanique, à Bruxelles.