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Grossesses provoquées : un médicament mis en cause en France

Grossesses provoquées : un médicament mis en cause en France

L’agence du médicament française met en garde contre les dangers du Cytotec pour la maman et le bébé.

Medicimage/Reporters

L’Agence du médicament en France fait une mise en garde contre l’usage du Cytotec pour provoquer les accouchements. Le médicament est aussi utilisé chez nous, mais dans des situations bien plus spécifiques.

L’Agence du médicament française a mis en garde, lundi, contre les dangers potentiels d’utilisation du Cytotec. Un médicament utilisé pour traiter les ulcères d’estomac.

Ce n’est pas l’usage normal de ce médicament qui est mis en cause. Mais bien le détournement qui en est fait en obstétrique. De nombreux gynécologues utilisent en effet ce médicament pour déclencher des accouchements.

Or, souligne l’Agence française, «à ce jour il n’y pas de donnée de sécurité d’emploi qui présagent d’un rapport bénéfice/risque favorable du Cytotec dans cette indication (déclenchement de l’accouchement), quelle que soit la voie d’administration. Cette utilisation hors AMM (NDLR : dans un autre cadre que ce pourquoi le médicament a été conçu) peut entraîner des effets indésirables graves pour la mère et l’enfant».

Les dangers? Sont évoqués des risques de rupture de l’utérus, des hémorragies ou des anomalies du rythme cardiaque du fœtus. Selon l’Agence encore, ces «effets indésirables graves ont été rapportés avec une utilisation de Cytotec».

« On ne l’utilise pas en Belgique pour les accouchements »

Récemment, une étude australienne mettait déjà en avant les risques d’un accouchement provoqué pour convenance, indépendamment d’une utilisation du médicament aujourd’hui incriminés en France.

En Wallonie, plus de 30 % des accouchements sont provoqués et c’est aussi le cas pour près de 28 % des accouchements à Bruxelles.

Toutefois, si des médicaments contenant de la prostaglandine (comme le Cytotec) sont aussi utilisés chez nous pour provoquer des accouchements, il ne s’agit pas du Cytotec. Dont les dangers que pointe aujourd’hui l’Agence du médicament française sont bien connus, indique le docteur Philippe Petit.

«En Belgique, nous utilisons de la prostaglandine qui a une action plus lente et moins violente sur l’utérus que ne peut l’avoir le Cytotec», indique le responsable de l’unité de grossesses à hauts risques de l’hôpital de la Citadelle à Liège.

Et lorsque le Cytotec est utilisé chez nous en obstétrique, c’est dans quatre cas de figure particuliers :

– pour une interruption de grossesse en cas de malformation incompatible avec la viabilité de l’enfant ou mettant en danger la vie de la maman.

– pour les IVG jusqu’à 8 ou 9 semaines de grossesse.

– en cas de grossesse arrêtée, afin de provoquer une fausse couche.

– pour préparer un acte invasif (chirurgie par exemple) intra-utérin.

Si le débat s’engage aujourd’hui en France sur les dangers du Cytotec (certains estiment qu’il n’est pas plus dangereux que toute autre méthode ou médicament utilisé pour provoquer l’accouchement), il n’a donc pas de raison d’être chez nous, selon le docteur Petit.

Qui souligne que dans certains pays, l’utilité du Cytotec reste par ailleurs avérée. Au contraire des autres prostaglandines qui nécessitent une conservation au frais, ce médicament se conserve à température ambiante. Un atout dans les pays en développement, lorsque provoquer un accouchement est médicalement nécessaire.