Maisons de repos: des chiffres toujours «inadmissibles»

Maisons de repos: des chiffres toujours «inadmissibles»

L’hébergement des personnes âgées reste un énorme défi. Et derrière les chiffres, il y a des hommes et des femmes.

Belga

La dernière enquête de Test-Achats sur les maisons de repos fait frémir. La ministre de l’Action sociale commente les résultats.

Tout le monde, ou presque, a des anecdotes plus ou moins terribles à raconter sur les maisons de repos.

Cette sonnette sur laquelle il a fallu appuyer 25 minutes avant de voir quelqu’un passer sa tête dans la chambre, la certitude qu’il faudra demander cinq ou six fois au moins avant de voir le médecin traitant, la nourriture qu’on mange… ou pas, peu importe, un coût extravagant pour des pensions ravagées, le choix qu’on n’a pas eu d’atterrir ici plutôt que là, parce qu’on a déjà attendu si longtemps pour décrocher un lit…

La dernière enquête de Test-Achats pointe tout cela. Et d’autres dysfonctionnements encore. En voici les principaux éléments, commentés par la ministre wallonne de l’Action sociale Éliane Tillieux (PS).

1. Un sur trois contre sa volonté Selon l’enquête de Test-Achats menée auprès de 1 300 personnes, un résident sur trois n’a pas choisi d’entrer en institution. C’est énorme. «Et c’est inadmissible », réagit Éliane Tillieux. «C’est bien la preuve que notre société doit déployer encore plus de solutions alternatives. On ne peut pas accepter qu’une personne sur trois n’ait pas choisi d’y être. Nous devons encore y travailler, diversifier la gamme de possibilités quand il est devenu impossible à une personne de rester à domicile. L’accueil de jour, de nuit, de soirée… On place parfois quelqu’un juste parce qu’il se relève une fois toutes les heures pendant la nuit… »

2. Sept mois d’attente Sept mois d’attente en moyenne, jusqu’à un an parfois, pour trouver une place en maison de repos… «C’est en Wallonie que les délais sont les plus courts : 4,5 mois en moyenne. Mais c’est encore trop», admet la ministre wallonne. Le sud du pays dispose de 49 500 lits. « Soit un lit de maison de repos pour 15 personnes de plus de 65 ans. On n’avait pas pu augmenter le nombre de lits depuis 1997. L’an passé, on a gagné 568 lits et on en prévoit 317 de plus en 2013. L’objectif reste d’obtenir 6 000 lits de plus d’ici 10 ans. Un vrai défi!» Encore faut-il savoir de quels lits on parle, dans quelle institution et à quel prix, évidemment.

3. 1 361 € par mois en moyenne Pour 60 % des résidents, le coût d’un hébergement en maison de repos dépasse les revenus mensuels. La moyenne est de 1 361 €. « Le prix journalier en Wallonie est le plus bas de Belgique : 37,26 € chez nous, 45,50 € à Bruxelles et 48,70 € en Flandre», fait remarquer la ministre. Qui annonce qu’une mise aux normes des infrastructures doit entrer en vigueur dès 2015. « Il y a beaucoup de chantiers en cours en Wallonie en ce moment à cause de ça», dit-elle. Meilleure qualité de services, d’encadrement, plus de confort…

4. Plus cher encore? Travaux, mise aux normes… De quoi encore alourdir le prix? « Il risque d’y avoir un impact, puisqu’il y a plus d’exigences au niveau de la qualité et du confort. Mais la Wallonie a voulu subventionner aussi cette mise aux normes pour éviter que la totalité du montant investi ne se répercute sur le résident.» Avec surtout le nouveau concept de «résidence-services sociale» pour les moins fortunés, où la Région (logement social et action sociale) couvre 90 % des investissements.

5. Des plaintes en vrac Plus de la moitié des sondés ont eu à se plaindre de problèmes graves, du vol à la négligence en passant par une erreur dans l’administration des médicaments ou la brutalité du personnel. «Nous devons améliorer le parcours de ces plaintes. Elles doivent être suivies d’un rapport rapide et d’un retour vers les plaignants, qui ne doivent pas rester sans nouvelles. Quant aux cas de maltraitance, on sait qu’elle est majoritairement psychologique et financière, que ce soit à domicile (70 %) ou en institution. L’association Respect Seniors (0800/30 330) réalise un boulot extraordinaire à ce niveau. Il se fait que les maisons de repos la sollicitent de plus en plus pour des séances d’information et de sensibilisation», constate la ministre.

6. Surprise? La ministre ne tombe pas de sa chaise face aux chiffres. « Je connais le sujet et suis tout de même souvent sur le terrain. Mais certaines choses restent inadmissibles. La semaine prochaine, je rencontre Jean-Philippe Ducart (Test-Achats). Il me présentera tous les détails de l’enquête. Il est important qu’on puisse distinguer les chiffres région par région», conclut Éliane Tillieux.