Enseignement

Une licence en chanson française !

Une licence en chanson française !

Apprendre à (bien) chanter et composer, à Bordeaux ça se fait désormaisà l’université !

AFP

À Bordeaux, on peut apprendre à être chanteur à l’Université.Un cursus unique en langue française mais courant en anglais.

Apprendre à être chanteur à l’université? C’est le pari de la licence de «chanson d’expression française», enseignée à Bordeaux, la première en France, dont l’objectif est de sauver un patrimoine en perte de vitesse.

«Armstrong, je ne suis pas noir, je suis blanc de peau» : autour d’un piano, des étudiants répètent du Nougaro. Cette répétition improvisée, n’a que des faux airs de «Nouvelle star» ou de «Star academy», les célèbres émissions de téléréalité. Elle s’inscrit dans la formation suivie par 21 étudiants aspirant à devenir des «auteurs-compositeurs-interprètes».

Pascal Pistone, directeur de la filière musique de l’Université de Bordeaux 3, est à l’origine de ce cursus lancé à la rentrée 2012, le seul en France consacré à la chanson française proposé par un établissement public.

Pour créer cette formation diplômante, ouverte seulement tous les trois ans, ce pianiste a dû vaincre de nombreuses réticences, venues de certains de ses collègues universitaires mais aussi des écoles privées, qui facturent leur formation jusqu’à 5 000 euros l’année…

La plupart des grands noms de la chanson française contemporaine à texte viennent de l’université et non de ces écoles : Raphaël (hypokhâgne), Vincent Delerm (lettres modernes), Camille (hypokhâgne, Sciences Po), Mademoiselle K (musicologie)…

«Une des missions de l’université est de valoriser le répertoire de chanson française à texte, victime d’une image plutôt mauvaise depuis quelques années par rapport à la chanson de variétés», explique l’enseignant, nostalgique de l’époque où Léo Ferré et Claude François se côtoyaient dans les mêmes émissions télévisées.

L’objectif de cette formation déjà proposée depuis des années dans nombre d’universités aux États-Unis, en Grande Bretagne ou en Australie pour la chanson anglophone, «est de former des auteurs-compositeurs-interprètes, des professeurs de musique, des accompagnateurs, des choristes, des arrangeurs et des orchestrateurs», affirme M. Pistone.

Plein de conviction, cet universitaire, fait le pari que, d’ici quelques années, «tous ces étudiants devraient trouver des débouchés» après avoir pris des cours d’interprétation vocale, de piano, d’écriture, de composition et exploré de nouvelles technologies, notamment de l’informatique musicale.

À l’issue des trois ans de formation, au cours desquels seront dispensées 1 500 heures d’enseignement pratique et théorique, ils doivent pouvoir «appréhender tous les domaines de la création et de l’interprétation autour de la chanson […] pour ne pas être plus tard les pantins d’un producteur ou d’un agent», souhaite M. Pistone, dont le modèle d’ «artiste complet» est Léo Ferré.