ECONOMIE

Affaire Findus : le facteur cheval

Affaire Findus : le facteur cheval

Reporters

Devanture d’une boucherie chevaline

Entre jeux de mots et prises de conscience, les lasagnes au cheval suscitent le débat. Quand la pol émique est alimentée par des tabous alimentaires...

C’est la crise alimentaire des jeux de mots à tous crins. La contamination des lasagnes de bœuf par de la viande de cheval a inspiré de nombreux humoristes en herbe. Des exemples? En voici quelques-uns piqués sur Twitter : «Manger trop de Findus et c’est direct la culotte de cheval », «Votre fille veut un poney? Achetez-lui des lasagnes surgelées! », «Une barquette achetée? Une licence d’équitation offerte ». Il y a franchement de quoi en faire un bouquin.

Cette inspiration farcie à l’humour bourrin cache mal la tension émotive qui habite ce dossier. De réunions de crise en retraits de produits, de plaintes contre X en déclarations politiques, ces lasagnes chevalines font entrer dans leur composition, à parts égales, de l’irrationnel en poudre et des vrais morceaux de raisons de s’inquiéter.

En ce qui concerne ces derniers, on ne peut évidemment que s’insurger contre la légèreté avec laquelle de l’équidé roumain s’est introduit dans des lasagnes, cannellonis, moussakas ou hachis parmentier, tel un cheval de Troie alimentaire. C’est inadmissible. Cela met à mal les contrôles sanitaires. Cela n’est pas compatible avec les droits élémentaires du consommateur.

Cheval sacré

Est-ce que cela mérite une enquête? Oui, bien sûr. Toutefois, il ne faudrait pas non plus forcer le trait. Ce couac, s’il est interpellant, n’est pas non plus une crise sanitaire majeure. Si la polémique avait porté sur une substitution carottes/potiron ou scampis/chair d’écrevisse, elle aurait eu beaucoup moins de retentissement. C’est qu’ici, on touche au culturel.

Dans les pays anglo-saxons, la consommation de viande de cheval relève quasiment du sacrilège. Né là-bas, le scandale n’en a été que plus virulent. Chez nous, il trouve aussi un certain écho car la plus noble conquête de l’homme est pour beaucoup incompatible avec le couteau et la fourchette (l’hippophagie fut ainsi taxée de pratique païenne par le pape au VIIIe siècle).

Cette aversion viscérale largement répandue pour la viande de cheval va donc permettre de relancer le débat sur les lacunes en matière de traçabilité des aliments, de prendre des sanctions et d’imaginer des mesures pour éviter de telles dérives. Mais gageons que nous n’échapperons pas à une prochaine crise, le naturel nonchalant et coupable des acteurs des filières alimentaires revenant toujours au galop.

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