Comédienne sous l’Occupation

On aimerait que tous les premiers romans soient de la qualité de celui-ci! C’est dans un monde qu’elle connaît bien, celui du théâtre parisien, que l’ancienne responsable des publications de la Comédie française, aujourd’hui secrétaire générale de l’Athénée Théâtre, plonge son héroïne, Bérénice, jeune juive née en 1919 dont le prénom est emprunté à Racine. Un prénom prédestiné puisque, contre l’avis de ses parents, elle veut être comédienne. Elle vise la voie royale : le conservatoire, dans la classe de Louis Jouvet, puis la Comédie française pour jouer les grands textes du répertoire, Lorenzaccio, Le Cid et même, qui sait, Le Soulier de Satin que s’apprête à monter Jean-Louis Barrault. Mais la guerre va en décider autrement. Interdite de jouer, elle se cache chez un ami avocat-poète tandis que son mari fuit la France pour l’Espagne avec l’intention de gagner les États-Unis.

Cette histoire, belle, émouvante, puissante, raconte magnifiquement une page d’histoire peu connue en s’appuyant sur des faits et documents réels. Notamment le psychodrame qui conduit Jacques Copeau, directeur de la Comédie française, à accepter son épuration s’il veut la voir rouvrir.

M.P.

Isabelle Stibbe, « Bérénice 34-44 », Serge Safran, 316 p., 18 €.

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