LITTERATURE

Aymeric Caron, végétarien et heureux de l’être

Aymeric Caron, végétarien et heureux de l’être

Né en 1971, Aymeric Caron a travaillé à Canal +, i > Télé et Europe 1 avant de rejoindre Laurent Ruquier. Patrice Normand, Editions Fayard

Le chroniqueur d’«On n’est pas couché» a, depuis vingt ans, banni la viande de son assiette. Il dit pourquoi dans «No steak». En argumentant.

Nous mangeons trop de viande, ce qui est néfaste pour la planète et pour notre organisme, les médecins et scientifiques ne cessent de le clamer. Et pourtant, nous pouvons nous en passer. C’est ce que fait depuis vingt ans Aymeric Caron. Si, adolescent, il a «décrété» ne plus manger d’animal jeune, à 21 ans, suite à la diffusion à la télévision d’une vidéo tournée clandestinement dans un abattoir, il a décidé de devenir «définitivement» végétarien – et non végétalien : il mange des œufs et boit du lait.

Dans No steak, il développe les différentes raisons qui devraient convaincre les humains à adopter ce type d’alimentation. Rappelant que, de Pythagore à Théodore Monod, en passant par Rousseau, Lamartine, Tolstoï, Isaak B. Singer, Yourcenar, McCartney, Clinton, James Cameron ou les sportifs Carl Lewis, Edwin Moses ou Navratilova, l’histoire humaine ne manque pas de végétariens.

Sans qu’ils soient entendus. «Le végétarisme est regardé comme une bizarrerie, même si c’est un peu en train de changer, remarque-t-il. Si nombre de penseurs ou de scientifiques en ont parlé, ce n’est pas ce que l’on a retenu d’eux, comme s’il y avait là une forme de censure. Sait-on par exemple que Victor Hugo, qui n’était pas végétarien, était un ardent défenseur des animaux?»

Vous dédiez votre livre aux « mangeurs de viande ». Vous voulez les convertir ?

Il n’y a de ma part aucun prosélytisme. Mais ce sont eux qui m’ont encouragé à écrire No steak à force de me répéter que j’étais quelqu’un d’étrange, de pas normal, que je devais avoir tort. Surtout, je crois que beaucoup de mangeurs de viande le sont malgré eux. Parce qu’ils ne connaissent pas les conditions d’élevage et d’abattage des animaux dont ils se nourrissent ni les impacts environnementaux, économiques et humains de l’industrie de la viande qui, contrairement à ce que l’on croit, contribue à l’augmentation de la faim dans le monde. Il règne sur ce terrain une omerta totale. Chez nous, tout est fait pour nous faire croire que l’on a absolument besoin de viande et qu’elle ne peut être remplacée. Ce qui est faux.

Pourquoi, comme vous l’écrivez, ne mangera-t-on plus de viande dans un « futur proche » ?

Avec l’accroissement de la population mondiale, sa consommation va diminuer dans les décennies à venir. Elle a déjà régressé dans les pays riches même si elle continue à croître dans les pays émergents. Car la viande est un marqueur social : on fait croire aux gens qu’ils progressent socialement en en mangeant. Or il existe dans le monde des peuples végétariens et en parfaite santé, comme les Bishnoïs en Inde.

Ce qui prouve que, contrairement à une idée répandue, la viande n’est pas naturelle mais culturelle.

Si c’était le cas, pourquoi selon les pays et les époques, mange-t-on tels animaux et pas d’autres ? Pourquoi chez nous ne mange-t-on pas de chats et de chiens alors que cela se fait dans certains pays d’Afrique ou d’Asie ? Et pourquoi les insectes nous dégoûtent-ils alors qu’ils font office de friandises dans une centaine de pays ? Il existe 5 000 espèces de mammifères dont nous ne consommons qu’un petit nombre.

C’est la faute à la Bible !

Elle explique en effet que l’homme est fait pour régner sur les autres créatures, les soumettre et les exploiter. Mais d’un autre côté, Adam et Eve étaient végétariens. Et selon la Torah, on a le droit de manger certaines espèces, pas d’autres. Les religions monothéistes ont instauré l’idée qu’il y a l’homme d’un côté, les autres espèces animales de l’autre. Ce qui n’est pas du tout le cas d’autres religions comme l’hindouisme ou le bouddhisme.

Longtemps la douleur animale et leur empathie ont été niées.

Prêter aux animaux des sensations a été sans cesse renvoyé à la tête des défenseurs d’une éthique animale comme de la sensiblerie, de l’anthropomorphisme. Or on sait depuis Darwin que l’homme et le singe appartiennent à la même famille. Mais les connaissances scientifiques et morales sur les animaux ont sans cesse été étouffées par de nombreux lobbies car elles remettent notamment en cause l’expérimentation animale.

Aymeric Caron, « No steak », Fayard, 358 p., 19 €.