Ancêtre millénaire du feng shui, le vastu harmonise la maison pour le bien-être de ses habitants. Alexandra Viragh décode cette discipline indienne pour l’adapter aux occidentaux.

Encore méconnu en Europe, le vastu est pourtant à l’origine du feng shui, cet art chinois visant à harmoniser l’énergie environnementale d’un lieu. «Le vastu shastra est pratiqué en Inde depuis des milliers d’années. Il a été copié par les Chinois avec le feng shui», explique Alexandra Viragh, l’une des rares spécialistes francophones du sujet. Cette morpho-psychologue est pionnière en feng shui occidental, qu’elle a développé dans les pays francophones. Elle est également à l’origine du concept de «psycho-décoration», qui est une adaptation occidentale du feng shui. «Il s’agit de donner du sens à chaque paramètre décoratif dans nos intérieurs, comme les formes, les couleurs, les matières, etc. On les organise de façon consciente pour obtenir une atmosphère qui aura un impact psychologique.» Aujourd’hui, cette passionnée d’architecture sacrée indienne est la première auteure francophone à s’intéresser au vastu. «Son but est de retrouver son harmonie intérieure, d’où découle le bien-être dans sa vie professionnelle, en couple, en famille… Le feng shui, adapté à leur culture des Chinois, vise plutôt la réussite et le gain d’argent. Le vastu, lui, recherche avant tout la sérénité. »

Comment appliquer le vastu?

Discipline complexe de par sa richesse et son lexique sanskrit, Alexandra dépouille le vastu pour l’adapter au mode de vie occidental, qui réclame des explications rationnelles. Dans son nouvel ouvrage «Vastu, la psycho-décoration inspirée de l’Inde» sorti en décembre dernier, la spécialiste livre des principes simples qui peuvent s’intégrer dans nos intérieurs, dans nos commerces, nos entreprises… en respectant nos goûts occidentaux.

Équilibre d’épuré, de chaleureux et de moelleux

Avant de se lancer, il s’agit de comprendre le concept de base «prâna». «Pour les Indiens, prâna est le souffle vital qui remplit la matière. Comme une pièce a besoin d’être remplie de lumière et d’air pour nous stimuler. En résumé, prâna est la qualité vibratoire de l’air. Elle dépend de l’oxygène, de plantes détoxifiantes, de molécules d’aromates ou de fleurs qui l’améliorent.»

Viennent ensuite le «sattva», le «rajas» et le «tamas» qui sont trois qualités à développer dans une décoration. «Sattva, c’est le dépouillement décoratif, la pureté des formes, la transparence lumineuse.» Sattva est à l’image d’un grand loft blanc, zen et dépouillé… mais qui peut devenir trop froid. «Rajas, ce sont les objets et couleurs chaleureux, des photos de famille qui suscitent l’émotion. Sans excès, au risque d’être surchargé. » Et enfin, «Tamas, c’est la matière représentée par le poids des meubles ou le moelleux d’un canapé. » Ainsi un fauteuil blanc en cuire lisse (trop sattva) sera moins accueillant qu’un gros pouf aux couleurs chaleureuses (rajas) et à la matière moelleuse (tamas). Le but est de trouver le juste équilibre entre ces trois notions, en choisissant une dominante selon les pièces. « Une salle de bain type “ laboratoire de chimie ”, au carrelage blanc uniforme et lumière agressive donnera une sensation de froid qui n’invite pas à se déshabiller, et où les défauts du corps ressortent », explique Alexandra. «Une dominante tamasique, donc chaleureuse, pour la salle de bain est l’idéal. On place du tadelac au mur, incrusté de galets, on y place de bougies, des tapis aux couleurs chaudes au sol… » En règle générale : privilégier les matériaux naturels et laisser place au spontané.

« Vastu, la psycho-décoration inspirée de l’Inde » d’Alexandra Viragh. Éd. Le Souffle d’Or. Plus d’infos  : www.psychodecoration.com ou 0472/108 811