La jeune Alice Zeniter confirme joliment son talent avec un second roman qui plonge le lecteur dans le Budapest d’avant et après la chute du mur.

À 26 ans à peine, Alice Zeniter signe, avec Sombre dimanche, un second roman où la nostalgie, la tendresse et les regrets s’entremêlent à l’image d’une ville en pleine mutation, Budapest.

Le jeune Imre Mandy, le personnage principal grandit dans la maison familiale. Une maison pas comme les autres puisque construite «au vert» et aux abords de Budapest par l’ancêtre… Imre Mandy, elle se trouve désormais au cœur des rails de chemin de fer qui donnent accès à la gare de la ville. Mais c’est la maison familiale, l’ancêtre a fièrement écrit son nom au-dessus de la porte et il n’est pas question d’en partir, même si elle s’ouvre quasi sur les rails et que les passagers des trains couvrent le minuscule jardin de leurs déchets.

«J’ai enseigné le français à Budapest en 2008, explique Alice Zeniter, j’avais envie de quitter Paris, je ne m’attendais pas à tomber amoureuse de la ville, pas comme ça. Quelque chose est né entre moi et cette ville.»

Tous les personnages de Sombre dimanche sont d’ailleurs marqués par cette ville, cette gare et le temps qui passe et change leur univers. «Mon premier souvenir de Budapest, ça a été de voir cette architecture austro-hongroise qui tombe en miette, ces bâtiments magnifiques, en ruine ou taggés. Pour moi, ça crée une distorsion temporelle.»

Son héros, le jeune Imre est un peu le reflet de cette ville en mutation mais qui n’ose y croire. Devenu adulte, dans un environnement qu’il voit changer, il ne comprendra pas comment Kerstin, une jeune allemande peut tomber amoureuse de lui, ni comment l’enfant qui naît de leur union, Gloria peut être si belle… «Il est trop gentil, au début, il a la volonté de s’arracher à cette maison qui semble ne pas convenir aux femmes. Il veut être un homme nouveau, avoir une vie nouvelle. Il ne comprend pas que Kerstin ait envie de vivre là, dans cette maison.»

Mais Imre n’est pas le seul homme à vivre dans la maison. Il y a le grand-père, autre figure forte du livre. Celui qui une fois par an se saoule en chantant Sombre dimanche dans le jardin. Le grand-père qui s’appelle Imre lui aussi et qui pleure Sara sa femme morte en 1955. Mais de quoi est-elle morte et pourquoi le père d’Imre s’appelle-t-il Pal, rompant avec la tradition familiale? «J’aimais l’idée de cette famille qui de génération en génération porte le même nom. Une famille d’hommes dans laquelle les femmes arrivent comme des événements, un souffle toujours différent et qui même si elles prennent leur dose de malheur, sont les seules qui ont la force de partir.»

Cette famille où on retrouve aussi une sœur, deux tantes ou encore une mère qui va disparaître accidentellement s’est imposée à Alice Zeniter. «J’ai eu l’impression qu’elle s’agrandissait au fur et à mesure que j’écrivais l’histoire. Je voulais parler de la chute du mur avec mon personnage d’Imre puis de ce qui s’est passé avant il me fallait donc des parents. Ça me renvoyait à ce qui s’était passé avant la guerre… et j’ai créé les grands-parents. L’histoire particulière de la grand-mère est née pendant l’écriture du roman et celle du grand-père s’est rajoutée.»

Car chaque personnage de ce roman où les non-dits ont une place de choix a ses secrets souvent dramatiques. Secrets qui expliquent aussi son incapacité à accéder au bonheur, même quand il est à portée de main.

Alice Zeniter, Sombre dimanche, 284 p., 19 €