RTBF: Jean-Paul Philippot dit son amertume

RTBF: Jean-Paul Philippot dit son amertume

« Je reste un peu amer sur la manière dont ce contrat de gestion a été négocié en bout de course », déplore Jean-Paul Philippot.

Thierry du Bois

L’administrateur général de la RTBF va devoir annoncer des restrictions et négocier des départs. Il déplore un volet financier peu orthodoxe.

Jean-Paul Philippot, le contrat de gestion de la RTBF vient finalement d’être adopté. Il était discuté hier au Parlement. Vous en êtes content ?

(long silence) C’était vital pour nous. Avoir pu l’amener à bon port est extrêmement positif. Mais maintenant, avec les modalités d’application de ce contrat, je suis dans la nécessité d’expliquer à l’entreprise qu’il faudra un plan d’économie supplémentaire. D’autre part, je reste un peu amer sur la manière dont il a été négocié en bout de course.

Le ministre du Budget André Antoine (cdH) a calé sur un financement supplémentaire. La fin de la négociation a été un peu chaotique…

Elle n’a en tout cas pas été sereine. C’est regrettable. Le gouvernement, en dernier recours, a modifié sa manière de travailler. Mais c’est signé. On va faire avec. L’entreprise pouvait espérer un financement plus clairement établi et plus élevé.

Il n’y aura pas de plan social.

Non. C’est positif, reconnaissons-le. Mais en 2017, il y aura clairement moins d’effectifs à la RTBF. Pas de licenciements. Mais des départs anticipés volontaires, notamment. Et l’entreprise devra être plus efficace avec moins d’effectifs.

La RTBF n’engagera donc pas alors que des pigistes attendent depuis parfois des années…

Il ne faut pas nous demander d’être promoteur d’emplois quand on nous sous-finance. L’entreprise recrutera encore mais moins que le nombre de départs. L’avenir est pourtant fait de sang neuf.

Pour boucler votre budget, le gouvernement vous a ouvert une ligne de crédit. N’est-ce pas inconfortable ?

Ce déficit autorisé est tout sauf orthodoxe. Et ce n’est pas la meilleure manière de sécuriser l’entreprise. C’est pour cela que je suis très nuancé quand il s’agit de se réjouir de ce contrat de gestion.

Par ailleurs, le contrat indique que vous devrez vendre Reyers, en tout ou en partie, pour renflouer vos caisses.

Oui. Le volet financier est complexe. Pour honorer nos engagements vis-à-vis du gouvernement, nous aurons une gestion plus dynamique de notre patrimoine. Mais il est trop tôt pour dire comment nous le ferons concrètement.

Vendre vos bâtiments, est-ce une bonne idée ?

Ce n’est le projet de personne de vendre son patrimoine. Mais il fallait choisir entre ça, notamment, et altérer le personnel.

Les placements de produits seront aussi interdits dans vos émissions à partir de juillet. Cela aussi vous fâche ?

Mon projet n’est pas la publicité. Mon projet est de produire du contenu. La publicité est une conséquence des ambitions que nous voulons avoir. Je suis partant pour réduire la publicité. Mais ici on nous coupe de 2 millions de rentrées publicitaires sans nous dire comment compenser. On doit se débrouiller avec 2 millions de moins.

C’est le contrat de gestion le plus douloureux que vous ayez jamais négocié ?

Le plus excitant. On a eu durant un an des débats très riches en réflexions, en contenu. En interne, au Parlement, avec la commission européenne… C’est le contrat le plus orienté vers l’avenir. Mais dans les dernières heures de négociation, il n’y a plus eu de débat.

Vous êtes amer.

Ce qui est essentiel pour l’autonomie de l’entreprise est d’avoir un contrat de gestion au 1 er janvier. L’inverse aurait été catastrophique. Mais le résultat c’est qu’après dix ans d’efforts et d’économies, la RTBF va devoir faire cinq ans d’économies supplémentaires. ¦