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Déjà condamnée au Tchad, l’Arche de Zoé sera jugée dès lundi à Paris

Déjà condamnée au Tchad, l’Arche de Zoé sera jugée dès lundi à Paris

Eric Breteau (2e en partant de la gauche) et des membres de son équipe Emilie Lelouch, Alain Peligat and Nadia Merimi, ici en octobre 2007 à Abéché.

AFP

Souvenez-vous de l’affaire de l’Arche de Zoé. Les membres de cette ONG humanitaire, condamnés en 2007 par la justice tchadienne après avoir tenté de faire venir en France 103 enfants présentés comme des orphelins du Darfour, seront jugés à partir de lundi à Paris cette fois.

Six personnes comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris pour une équipée qui avait suscité un tollé parmi les organisations humanitaires internationales et qui avait pris un tour politique en France.

Le président de l’Arche de Zoé, Eric Breteau, et sa compagne Emilie Lelouch, ont fait savoir avant le procès qu’ils ne seraient ni présents ni représentés.

Dans une récente interview à lexpress.fr, leur avocate avait évoqué leur «sentiment de ne pas avoir été écoutés jusqu’ici, ni par les médias ni par la justice» et leur crainte «que le même phénomène se reproduise devant le tribunal» parisien.

Graciés en 2008

Les quatre autres prévenus sont le médecin Philippe van Winkelberg, le logisticien Alain Péligat, la journaliste Agnès Pelleran et Christophe Letien, un membre de l’association resté en France.

A l’exception des deux derniers, tous ont été condamnés par la justice tchadienne à N’Djamena pour tentative d’enlèvements d’enfants à huit ans de travaux forcés. Ils avaient été transférés en France et leur peine avait été commuée en années de prison, avant que le président tchadien Idriss Deby ne les gracie fin mars 2008.

Ils risquent jusqu’à 10 ans de prison

Dans ce nouveau procès, ils sont poursuivis pour escroquerie, exercice illégal de l’activité d’intermédiaire à l’adoption et aide à l’entrée et au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France. La peine encourue pour ce dernier délit est de 10 ans de prison et 750.000 euros d’amende.

Pour rappel, le 27 octobre 2007, les protagonistes de l’opération avaient été arrêtés par les autorités tchadiennes à l’aéroport d’Abéché, dans une région frontalière du Darfour soudanais, alors qu’ils faisaient embarquer, affublés de faux pansements, 103 enfants qu’ils comptaient ramener en France. l s’agissait pour Eric Breteau de sauver des orphelins du Darfour en proie à la guerre civile pour provoquer une réaction de la France, qui aurait été obligée, pensait-il, de leur attribuer un statut une fois qu’ils seraient arrivés dans l’Hexagone. Mais les enfants étaient en réalité pour la plupart originaires du Tchad et la quasi-totalité d’entre eux n’étaient pas orphelins, selon la Croix-Rouge, l’Unicef et le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU.

Le but de l’escroquerie qui lui est reprochée n’était pas financier, mais d’accomplir cette mission humanitaire et d’en tirer reconnaissance et fierté, selon l’accusation. Evoquant un simple «accueil» par des familles qui avaient parfois versé plusieurs milliers d’euros pour financer l’opération, l’association est accusée d’avoir entretenu le flou sur d’éventuelles adoptions.

Une vingtaine de familles se sont constituées partie civile. L’une des premières à avoir déposé plainte avait estimé que l’association avait abusé de son désir d’enfant, en jouant sur «les sentiments, l’affectif».

Le procès doit durer jusqu’au 12 décembre.