Distribution : « Les jobistes tuent l’emploi »

Distribution : « Les jobistes tuent l’emploi »

Heymans

Malaise dans la grande distribution. Selon les syndicats, le travail étudiant pousse les employés non qualifiés vers la sortie.

Avec deux millions de jours de travail prestés par des étudiants lors des six premiers mois de 2012, le travail estudiantin atteint des scores records. L’augmentation du nombre de jobistes se chiffre à 36 % et il y a désormais sept étudiants sur dix qui travaillent en parallèle de leur cursus.

«Cette hausse a entraîné une chute du nombre de travailleurs dans la grande distribution, clame Myriam Delmée, vice-présidente du SETca, le syndicat des employés, techniciens et cadres de la FGTB. Les contrats à temps partiel n’ont pas été augmentés et les contrats à durée déterminée n’ont pas été prolongés à cause des étudiants. Ils sont en train de tuer les emplois destinés aux personnes moins qualifiées .»

Si les jobistes ont autant de travail, c’est qu’ils offrent des avantages financiers et des horaires que n’ont pas les travailleurs.

«Ils nous font de la concurrence déloyale, explique Irène Pêtre, permanente nationale au secteur de la distribution pour la Centrale nationale des employés (CNE). Ils n’ont aucune obligation familiale, ne coûtent quasiment rien, sont déductibles fiscalement et peuvent travailler avec des horaires très flexibles, personne ne sait faire face à ça. »

La segmentation du temps de travail serait une solution. Sa mise en place risque toutefois de s’avérer complexe. «Ce serait pareil de tuer les travailleurs, s’exclame Irène Pêtre. Mettre en place des horaires coupés est impossible. »

Les syndicats comprennent le fait que des jobistes soient engagés, même si le SETca craint de voir la vague de students s’étendre dans le monde du travail. S’ils saisissent l’importance que peut revêtir un emploi pour les étudiants qui doivent payer leur minerval ou leurs hobbies, les syndicats refusent de faire primer l’étudiant sur le travailleur.

Encore et toujours la législation

«Le problème se trouve au niveau politique, expose Irène Pêtre. Les politiciens sont au service des grandes entreprises. Nous ne pouvons concurrencer les étudiants au vu de leur statut actuel. Sans réforme politique c’est impossible. »

Si du côté des students, on parle d’abaisser le prix des études, les syndicats mettent le holà. Selon eux, la réforme ne viendra pas de là, ce service coûtant déjà assez à l’État. La CNE prône un retour aux normes passées.

«Selon moi, un étudiant doit bosser en vacances et les week-ends, explique Irène Pêtre. Il doit se poser en aide et non en barrière à l’emploi. »