Une intégration souple, discrète, « à l’albanaise »

Une intégration souple, discrète, « à l’albanaise »

Selon Kolë Gjeloshaj Hysaj, les Albanais forment une communauté hétéroclite.

Kolë Gjeloshaj Hysaj est fils d’immigrés albanais. Son père est originaire du nord-ouest de l’Albanie et sa mère albanaise du Monténégro. Politologue, il collabore à l’Institut de Sociologie de l’ULB et connaît bien la thématique de l’immigration albanaise.

Combien y a-t-il d’immigrés albanais en Belgique ?

Ils seraient entre 45 et 60 00o en Belgique. Un nombre difficile à déterminer car les nationalités et les statuts sont différents même au niveau du ministère. Il y a les Albanais d’Albanie et ceux venus du Kosovo, de Macédoine ou encore du Monténégro. Les premiers Albanais sont arrivés en Belgique en 1956, ils fuyaient l’Albanie communiste. Fin des années 60 et au début des années 70, puis dans les années 80, les Albanais de Yougoslavie sont venus chercher du travail. Entre 1990 et 1999, c’est la guerre en ex-Yougoslavie puis au Kosovo qui provoquera de nouveaux mouvements migratoires.

C’est donc une immigration aux multiples visages ?

Pour traduire la complexité de l’immigration albanaise, j’ai l’habitude de lancer en guise de boutade : «beaucoup de gens me disent qu’ils connaissent un Albanais qui n’est pas comme les autres, ce qui signifie que la majorité des Albanais ne sont pas comme les autres». Un Albanais d’Albanie ne se comporte pas de la même manière qu’un Albanais du Kosovo. La perception qu’on peut avoir de l’un et de l’autre est donc aussi différente. Ils peuvent être de confessions différentes : la plupart sont des musulmans sunnites mais il y a aussi des orthodoxes et des catholiques. Avec les États-Unis, la Belgique est le seul pays à avoir accueilli tous les groupes et partis existant en Albanie et au Kosovo.

Comment qualifierez-vous l’intégration des Albanais ?

Depuis une dizaine d’années, l’intégration se fait de manière progressive, souple. À l’albanaise, c’est-à-dire de manière très individuelle. Il n’y a pas de revendications de groupes, de revendications politiques en terme de lobbies ou quoi que ce soit. C’est à peine si les Albanais acceptent de parler de leur immigration. Ils veulent être le plus discrets possible. Du fait qu’elle est silencieuse et pas structurée, cette communauté prête le flanc à des critiques parfois non justifiées parce que, à différents niveaux, on sait qu’on ne va pas avoir d’autres retours contrairement à d’autres populations immigrées.

Quand on entend parler d’Albanais, c’est souvent dans la rubrique des faits divers…

Ce que l’on reproche souvent aux Albanais du côté du judiciaire et de la police, ce n’est pas tant des violences répétées qu’une réponse disproportionnée à ce qui est ressenti comme une offense. Comme on ne sait pas grand-chose des Albanais, on ne sait pas comment en parler autrement qu’à travers des clichés. Cela dit, tout n’est pas faux. Il s’agit souvent de gens arrivés ici dans des conditions difficiles, qui ont vécu une enfance pénible. Dans leur pays d’origine, il était normal d’avoir des armes à la maison.

Ca.D.