LITTERATURE

Laurent Gounelle : « Notre société doit changer de modèle »

Laurent Gounelle : « Notre société doit changer de modèle »

Né en 1966, Laurent Gounelle est l’auteur de « L’Homme qui voulait être heureux » et « Les dieux voyagent toujours incognito ».

Auteurs S.A.

Dans son roman «Le philosophe qui n’était pas sage», Laurent Gounelle inocule notre modèle occidental dans une tribu amazonienne épanouie.

Il y a de tout, dans, le troisième roman de Laurent Gounelle : de l’exotisme, du suspense, de l’humour, du tragique aussi, mais, surtout, de la morale. Car l’auteur de L’homme qui voulait être heureux est d’abord un moraliste. Et ce qu’il nous dit ici est très simple (si l’on peut dire) : par la vie que nous menons aujourd’hui, nous nous fourvoyons et nous courons à la catastrophe. Il nous faut trouver un autre modèle.

Le héros du Philosophe qui n’était pas sage est un prof de philo new-yorkais engagé dans une démarche personnelle de recherche intérieure. Mais que vaut cette philosophie de vie face à la mort de sa femme, tuée rituellement lors d’un reportage dans une tribu amazonienne? Il lui est devenu insupportable que ce peuple réputé comme le plus épanoui sur Terre le demeure. Bien décidé à se venger, le voilà parti au cœur de la jungle en compagnie d’un drôle d’équipage formé d’un guide, un simili-médecin et de deux conducteurs de pirogue. Sur place, malade, refusant d’approcher les indigènes, il reste reclus dans sa tente, laissant le soin à Krakus, un ancien mercenaire, d’inoculer dans ce monde harmonieux et solidaire les virus de notre société capitaliste : l’individualisme, le matérialisme, le consumérisme, la violence, et tout ce qui en découle : la peur de manquer, les diktats de la mode, l’esprit de compétition, la rivalité, etc. La seule à tenter de résister est Elianta, dotée de pouvoirs chamaniques.

«J’aime bien mélanger la réflexion et la fiction, précise le romancier. L’idée est de confronter à une société dite primitive notre modèle de société occidental qui nous est tellement familier que nous n’avons pas forcément conscience de ses mécanismes et de ce qu’il implique pour nous.»

Pourquoi votre héros est-il américain ?

Parce que, d’une part, le meilleur archétype du modèle de société occidental est l’américain. Et que, d’autre part, c’est à l’Université de Californie, où je me suis formé, que des prises de conscience ont amené des bouleversements dans ma vie.

Cette tribu que vous mettez en scène, qui vit en totale autarcie, existe-t-elle ?

Je ne me suis pas basé sur une peuplade en particulier, mon but n’était pas de faire un travail anthropologique mais d’écrire sur nous. J’ai fait une synthèse de différentes tribus amazoniennes. Il existe aujourd’hui très peu de peuplades qui n’ont jamais eu aucun contact avec le monde « civilisé ». Le mode de vie de cette tribu est très calme, ce sont des gens totalement en harmonie les uns avec les autres ainsi qu’avec la nature. Ils se considèrent comme faisant partie de la biosphère alors que nous, nous nous en sentons séparés, nous nous croyons au-dessus d’elle, ce qui nous autorise de l’exploiter et de la détruire. Quitte à œuvrer pour notre propre disparition, comme le croit par exemple Edgar Morin. Eux vivent de manière traditionnelle, avec une richesse spirituelle phénoménale. Ne se considérant pas comme existant indépendamment les uns des autres, ils n’éprouvent pas le besoin, par exemple, de se comparer, de se mesurer entre eux.

Et pourtant, cette harmonie parfaite et ancestrale va quand même être rompue.

Je suis convaincu qu’il est plus facile d’aller vers le négatif que vers le positif. C’est notre raison qui nous permet de maîtriser nos désirs. Mais si ces impulsions sont entraînées vers le négatif, il est très facile de se laisser prendre au piège, comme notre société reposant sur la consommation qui nous donne une illusion de bonheur. Je pense que la crise actuelle, qui à mon avis n’en est qu’à ses débuts, pourrait être une opportunité pour changer de modèle.