Chanson

Claude Semal : dixième album sur le gril

Avec «Les bals, les BBQ et les crématoriums», Claude Semal signe son dixième album. Toujours aussi belge, tendre et révolté.

Un nez rouge, un regard tourné vers le haut, derrière une vitre remplie de gouttes de pluie. Cinq ans après Belgik, Claude Semal est de retour avec un dixième album intitulé Les bals, les BBQ et les crématoriums. Il contient quinze nouvelles chansons, arrangées avec le pianiste Frank Wuyts, présentées dans son spectacle Ceci n’est pas un chanteur belge. Un album à nouveau très belge, où Semal chante évidemment son pays (Chez nous), s’intéresse aux réseaux sociaux (Facebook), se révolte (Guy Môquet), se montre tendre (Les bébés, les papas, Être utile) ou carrément iconoclaste (La bite philanthropique).

Claude Semal, ce dixième album s’appelle « Les bals, les BBQ et les crématoriums ». Drôle de titre…

Cela vient d’un enterrement auquel j’ai assisté. J’ai retrouvé autour de moi des gens que je n’avais plus vu depuis 20 ans. Alors que j’approche de la soixantaine, je me suis fait la réflexion qu’à 20 ans on se retrouvait dans les bals, qu’à 40 ans, c’était autour des barbecues, et qu’à 60, c’était de plus en plus souvent au crématorium. La chanson est une petite fable sur la vie, avec une musique entraînante. Cela exprime à la fois la profondeur et la légèreté auxquelles je tiens.

Dans cet album, la Belgique continue d’être une source d’inspiration…

Tout simplement parce que c’est le pays où je continue à vivre. Sans jouer les Cassandre, on continue à s’enfoncer dans une crise politique, voire carrément une crise existentielle que j’annonce depuis 20 ou 30 ans dans plusieurs spectacles, dont Le cimetière des Belges… Il y a 30 ans, quand je disais cela, on n’y accordait pas trop de crédit. Aujourd’hui, tout le monde trouve cela inéluctable que la Belgique se déchire… Entre le pouvoir des régions et le pouvoir européen, il n’y a plus vraiment d’espace pour une structure mixte comme la Belgique.

Et faire des chansons sur la Belgique, comme « Chez nous », cela sert encore à quoi ?

C’est une façon de saisir une petite partie de la réalité et la donner en partage avec un regard particulier, qui fait que l’on peut ressourcer le regard que l’on a soi-même sur les choses.

Autre chanson fort belge, c’est « On a la frite ! »…

Mon fils m’a demandé si c’était vrai que j’étais chanteur, car dans sa classe on ne me connaissait pas (sourire). Je lui ai répondu que c’était parce que je n’avais jamais fait de tube. Du coup, il a voulu que j’en fasse un… J’ai fini par craquer (rires). Avec Frank Wuyts, on a écrit On a la frite !, sorte de déclinaison rigolote autour de la place de la frite chez nous. Je ne sais pas si ce sera un tube ou une bêtise supplémentaire, mais c’est une chanson que les gens retiennent.

Autre sujet qui vous a inspiré, c’est Facebook. Vous y avez 5 159 amis. Dont 159 en trop…

Depuis que Facebook est rentré en bourse, ils ont rajouté à tout le monde les amis que l’on avait supprimé. Tout ça pour une histoire de gros sous. J’essaye de les dégommer, mais c’est impossible ! C’est une belle illustration que les réseaux sociaux sont devenus un espace captif, détenu par des gens qui cherchent à faire le plus de pognon. Ceci dit, j’en ai fait une chanson plutôt drôle.

Et puis il y a ce texte coup de gueule sur Guy Môquet (NDLR : jeune résistant arrêté puis exécuté en 1941 par les Allemands en représailles de la mort d’un officier)…

Il était membre des Jeunesses communistes. Durant sa détention, il a écrit une lettre très émouvante à son petit frère et à sa maman. Quand Sarkozy est arrivé au pouvoir, il a fait une sorte de hold-up idéologique sur une série de symboles de la gauche, dont Guy Môquet. Il a imposé la lecture de cette lettre dans les écoles. Et Bernard Laporte, le ministre des Sports de l’époque, n’a rien trouvé de mieux que de lire cette lettre à ses joueurs avant un match de rugby. C’est d’une totale absurdité !

La critique, c’est devenu rare dans la chanson française…

Il y en a encore quelques-uns qui osent… Mais les journaux, la radio ou la télé privilégient ce qui va dans le sens de la consommation de masse. Les artistes qui touchent des communautés plus petites sont souvent négligés. Moi, j’ai arrêté de m’énerver par rapport à ça, sinon je pourrais y passer ma vie (rires). ¦

Claude Semal, « Les bals, les BBQ et les crématoriums », Franc’Amour. En concert au théâtre Le Moderne (Liège) les 20 et 21/12 (04 225 16 06).