Ces deux Français du voyage démoussaient les toits à votre service, promettaient-ils. Escroquerie?

Ils sont des voyageurs, dit leur avocat Me Martins, habitué depuis des années de la défense de ces voyageurs qui passent allègrement les frontières et négocient leurs talents, souvent sans grand encadrement légal, dans un ou l’autre pays de la zone euro.

Les deux clients du jour répondent de ce même profil. Un est présent devant le tribunal présidé par Thomas Henrion, l’autre ne viendra pas, rattrapé par des problèmes de santé, dit son avocat avec un accent du sud français rafraîchissant.

Les deux prévenus, pourtant, doivent répondre des infractions mises à leur charge. Ces deux voyageurs, ou gens du voyages, ou gitans, se sont fait une spécialité dans le traitement des toits. Le démoussage. C’est en tout cas en cette qualité qu’ils démarchent plusieurs résidents belges de Namur, d’Andenne, d’Ohey, en juillet 2010. La technique est rôdée : on frappe ou on sonne à une porte d’un particulier. Message : mon bon monsieur, chère madame, avez-vous vu l’état de votre toit? Avec un folder publicitaire couleur et sexy, on propose ses services. Pour peu des sous (quoique…), on peut arranger les choses : démousser, et faire en sorte que vos tuiles et ardoises ne soient plus flirtées par les mousses, les lychens…

Adresse fictive, société inexistante

Sauf que le contrat verbal fixé avec «le pigeon» réside sur une escroquerie, et sur du faux. C’est la thèse du ministère public. Faux, puisque certaines factures ont été conclues sur base d’une adresse fictive, et d’une société inexistante : Top Rénovation, c’est quoi? «Juste le facturier que mes clients ont trouvé dans leur véhicule de location, et dont ils ont cru pouvoir faire usage», plaide Me Martins avec aplomb. Escroquerie, aussi, dit le ministère public : l’intervention ne consistera qu’à épandre sur le toit un produit qui n’est que de l’eau de javel pure.

Pour le traitement, la rémunération négociée va de 1000 à 8500€. Il faut payer cash de suite.

C’est d’ailleurs l’obligation de règlement immédiat qui va perdre les deux artisans partenaires : cette dame d’Ohey n’a pas le liquide sur elle. Rendez-vous est pris en début d’après-midi, après la réouverture de la banque.

Entre-temps, la dame, fleurant l’arnaque appelle la police. Qui, interceptant les deux magiciens des toits, saisira leur facturier et remontera les autres clients. Pour les pseudo-artisans, c’est la tuile. Le tribunal présente l’ardoise ce vendredi matin : la subsitute requiert dix mois de prison avec sursis et une amende de 500 €.

Me Martins, habitué du scénario, demande quant à lui l’acquittement. Il aurait été moins à l’aise, dit-il, si la justice belge avait tracé un réquisitoire ciblant une infraction aux bonnes pratiques commerciales. Ses clients, effectivement, n’avaient pas à démarcher en Belgique. Raté pour le ministère public. Escroquerie et faux? Le facturier a été retrouvé dans le véhicule de location des artisans : c’est plausible. Et les travaux de démoussage ont été effectifs, avec des produits adéquats.

Jugement le 23 novembre.


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