Soins de santé

Les infirmières à domicile sur la paille

Les infirmières à domicile sur la paille

Vieillissement de la population, hospitalisations d’un jour,… la charge des infirmières à domicile est de plus en plus lourde.

gilles lougassi – Fotolia

Elles en ont marre de travailler pour des clopinettes et même parfois pour rien. Elles l’ont dit hier à la ministre Onkelinx.

Les 23 300 infirmières (et infirmiers) à domicile, indépendantes et salariées, ont le moral dans les chaussettes. Hier, le secteur s’est mobilisé à Bruxelles (gare du Midi) pour sensibiliser l’opinion publique et la ministre de la Santé Laurette Onkelinx au sous-financement de leur profession.

Pour Yves Helledorf, secrétaire national du secteur non marchand à la CNE, c’est la qualité des soins qui est en péril si le financement n’est pas revu intégralement. «Depuis 2000, l’inflation a augmenté de 30 %, le diesel de 70 % mais l’indexation des prestations ne dépasse pas 22,73 %.» Et le travail ne manque pas – plus de 136 millions de prestations annuelles – boosté par des hospitalisations de plus en plus courtes et le maintien à domicile des personnes âgées. La prise en charge des patients est donc de plus en plus complexe, les soins à domicile doivent être toujours plus professionnels, efficaces et humains mais avec peu de moyens. Si les actes sont de plus en plus techniques, la nomenclature, elle, évolue très lentement. Le taux de remboursement est nettement insuffisant. La majorité des prestations, 62 %, est sous-financée.

« À titre d’exemple, une injection intramusculaire réalisée par une infirmière est facturée environ 5 €, 35 € si elle est faite par un médecin à sa consultation. Si on prend en compte, toutes les charges, il faudrait qu’elle accomplisse ce geste en 60 secondes pour ne pas perdre d’argent. C’est tout bonnement impossible».

« On est moins bien payées que les gens des titres-services »

Brigitte Hermanne est infirmière à domicile depuis 25 ans dans la région d’Andenne. Elle estime avoir perdu environ un quart de ses revenus : «Avant, on touchait un forfait déplacement mais l’INAMI l’a supprimé il y a une dizaine d’années. Les charges fixes comme le diesel ne cessent d’augmenter mais la rémunération des soins ne suit pas. Pour une toilette ordinaire, je touche 6 ou 7 €. Si la personne demande qu’on l’habille, qu’on lui mette une crème hydratante, des bijoux,… cela peut prendre 3/4 d’heure. La nomenclature est tellement bien faite qu’on ne touche pas un centime pour prendre la tension. C’est incroyable qu’une infirmière accepte ça. On est moins bien payée que les personnes des titres-services. Pour avoir une rémunération correcte, de plus en plus d’infirmières à domicile sont obligées d’enchaîner les prestations et de zapper le côté humain de leur métier

Certains actes sont mieux rémunérés comme les soins palliatifs. Alors la tentation est grande de privilégier ces soins-là plutôt que d’autres. « Je connais des infirmières qui n’acceptent plus les simples injections intramusculaires car elles ne rentrent pas dans leurs frais. Il y a quelques années, on était presque trop nombreuses sur la place. Aujourd’hui, les jeunes ne se consacrent plus que partiellement aux soins à domicile. La plupart travaillent à mi-temps dans une maison de repos ou un hôpital».

Qu’attend-elle de cette journée de mobilisation? «Que les politiques et l’INAMI prennent enfin conscience du problème». Laurette Onkelinx a promis de mettre sur pied un groupe de travail pour préserver le secteur de nouvelles économies et travailler à la modernisation du financement des soins de santé à domicile sur base des orientations du Centre fédéral d’expertise des soins de santé. La Ministre et les représentants des travailleurs se reverront au plus tard début de semaine prochaine.